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mardi, 24 novembre 2009

L'ardu sentier de l'amitié

92706241.jpgPlaton, l'un des antiques philosophes grecs, a écrit "le visage de celui qui regarde dans l'œil d'un autre se montre dans la partie de l'œil qui lui fait face, comme dans un miroir. C'est ce que nous appelons pupille, parce que c'est une sorte d'image de celui qui regarde dedans" (Alcibiade I, 133 a).

Dans notre absurde société, chargée de valeurs inconsistantes, quelle place occupe l'amitié? Quelle fin a-t-elle fait?


92988220.jpgS'est-elle dissoute, ou peut-être s'est-elle cachée, ou bien est-ce un sentiment en voie d'extinction? Non seulement, mais j'ajoute - peut-être, avec un impitoyable sens de la réalité - y a-t'il encore une place pour l'amitié ou a-t'elle été subrogée par de mauvaises copies d'un sentiment que l'on ne rencontre plus? Il y aurait beaucoup à dire sur le thème en question, étrangement ancré à la notion de temps que nous tous avons à disposition - et qui s'amincit toujours plus - laissant en vérité peu de lambeaux pour cette valeur adjointe qui devrait enrichir hors mesure chaque être humain et qui est par contre évité avec gêne, comme s'il était vicié d'un insoupçonnable goût amer qui par conséquent nous fait renoncer à le valoriser.

Dans la vie négligée de tous les jours, je remarque avec triste répétition l'agitation presque effrontée (et par moments mufle) d'inutiles trophées, signe des temps, mais ne serait-ce pas plus beau si nous tous pouvions montrer beaucoup d'ami(es) comme trait distinctif de vraie richesse?

Plus la société devient de masse - ou dans la forme de cette solitude qui nous colle devant un ordinateur comme victimes d'une boulimie affective, pour chercher non pour autant des ami(es) que des reconnaissances de sa propre identité que nous ne savons pas sinon où trouver, ou dans les rassemblements de masse à l'occasion de concerts, ou devant des écrans de télévision pour les grands évènements, ou pour applaudir des mots qui confirment les idées que nous avons déjà ou la foi que nous possédons déjà - plus l'amitié devient difficile et impraticable. À moins de n'entendre avec ce mot des amours que l'on n'a pas le courage d'entreprendre, des rapports conjugaux rendus exsangues par habitude, des connaissances utiles à des échanges de faveurs, des relations un peu hypocrites et un peu conventionnelles dans l'espoir qu'un jour elles puissent devenir avantageuses.

91594524.jpgAujourd'hui nous connaissons uniquement le singulier et le pluriel. Ainsi le veut notre grammaire. Dans le singulier nous rencontrons la solitude de l'âme qui rêve de mondes et d'idéaux que nous n'aurions jamais le courage de révéler en public, qui s'abîme en douleurs que la bonne éducation nous induit à ne pas manifester, qui s'exalte en enthousiasmes qui échappent à chaque mesure et modération. Au singulier nous connaissons ce qui en public viendrait classé comme excès ou folie. Même si c'est vraiment cette folie qui nous donne la vie, le sens et l'épaisseur. Au pluriel nous devons donner preuve de réalisme sain qui nous demande d'en rester aux faits, de contrôler les émotions, de mesurer les mots, d'être plus une réponse aux autres qu'à nous mêmes. Et tout cela pour être accepté, reconnu, identifié, et dans les cas extrêmes même applaudi.

Mais l'amitié dépeuple le singulier et le pluriel, parce qu'il connaît uniquement le duel, avec lequel les anciens grecs conjuguaient leurs formes verbales lorsque le discours était entre deux personnes, chargé de cette valence symbolique du langage que connaissent bien les amoureux dans cette brève période où ils ne réussissent pas à se concevoir l'un sans l'autre. Entre l'anonymat du public et la solitude du privé, l'amitié, qui habite le duel, permet de comprendre tous ces excédents de sens que notre âme crée en secret. Excédents qui en public pourraient apparaître comme des signes de folie, alors que dans l'écoute accueillante de l'amitié ils peuvent être exprimés et, au lieu de rester étouffés et inexprimés, dévoiler nôtre vérité plus intime.

88859026.jpgPour cela, je pense, que l'on ne peut pas avoir beaucoup d'ami(es), comme au contraire l'on  souhaiterait, mais seulement ces quelques uns qui correspondent aux facettes de notre âme, à qui dévoiler notre secret que l'autre garde secrètement. Non pas pour se confier ou chercher un consentement ou du réconfort, mais pour voir ce que dans la communication duelle le secret a à nous dévoiler. Silencieusement, petit à petit, rencontre après rencontre. Parce que c'est ainsi que le requiert le rythme de l'âme, qui veut se parler et ensemble en prendre soin, pour ne pas éteindre ses créations et en même temps ne pas les disperser dans le bruit du monde.

Si cela est l'amitié, notre culture, qui connaît seulement l'anonymat du public et la solitude du privé, n'est pas la plus apte à favoriser cette rencontre face à face avec l'inconnu que chaqu'un de nous est devenu pour soi même, et que le regard accueillant de l'ami pourrait commencer à raconter et à en délinéer les contours. Parce qu'au fond c'est la découverte de nous-mêmes que l'amitié favorise et propice.

Ecrit par Luis Batista

 

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17:37 Écrit par LuisB dans Karma, Opinion | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : amitié, solidarité, karma, pensée, civilisation, humanité, fraternité, luisb | |  Facebook | | | | Pin it! |

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