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lundi, 21 décembre 2009

Dieu et les dieux

test1.jpgJe voudrais vous proposer cette brève réflexion à laquelle m'a menée une étude du monde grec. Qui sont les dieux grecs? Ils sont ce que seraient les hommes sans la mort. La religion grecque semble en effet descendre d'une double réflexion: d'un côté, celle sur sa mortalité acceptée sans illusions; de l'autre, celle sur ce que serait l'homme s'il n'était pas mortel. Les mythes des dieux grecs, puisqu'ils nous présentent les divinités comme identiques aux êtres humains avec la seule différence ne pas être mortels, viennent justement nous dire ceci, c'est ce qu'ils nous révèlent: que la mort, la fin de l'homme, est en même temps ce qui nous perd et ce qui nous sauve.


42-23825625.jpgCe qui nous perd: ou bien ce qui fait de nous de la poussière ou rien, douleur aveugle et insensée, foules effarées; ce qui nous sauve: ou bien ce qui nous introduit dans la grandiosité de la tragédie, qui nous fait abîme et vertige, tension de l'absolu et absolue, inextinguible nostalgie d'éternité, désespérée violence et pitié intraitable, pleurs inconsolables et chant profond. Ici, en somme, dans la mort - semblent vouloir dire ces mythes - est la racine de notre ruine et de notre revanche; sans la mort les hommes seraient en effet ce que sont les dieux grecs: êtres souvent fades, arrogants, dissipateurs, ineptes, banals, capricieux et d'une insoutenable frivolité.

Ils seraient, en effet, ce que sont tous les hommes et les femmes qui vivent séparés de leur mort; ou, encore, ce que sont les femmes et les hommes patinés de publicité, ainsi irrémédiablement étrangers à la mortalité, propre et des autres, à en résulter finalement des étrangers à chaque grandeur et en dernière instance à la vie même. En ce qui me concerne, ceci est la racine de chaque vulgarité, cette non-reconnaissance de la mort, ainsi que la raison de mon enracinement dans la mort, à partir duquel je respire, je vis et sens chaque chose et en dehors duquel il ne me serait plus possible de soutenir la violence d'être vivant.

Je crois que justement la claire perception de l'impossibilité que la vie et la grandeur se donnent indépendamment de la mort ou au-delà de celle ci ait fait refuser à Ulysse le don de l'immortalité.

03078x.jpgC'est vrai, les dieux grecs méritent tous les adjectifs peu flatteurs avec lesquels vous les connotez, mais ils ont le mérite d'être nombreux. Cette multiplicité est le principe de la tolérance dont n'est pas capable le monothéisme, détenteur d'une vérité absolue, et donc excluant toutes les autres possibles expressions humaines que les dieux représentent. Dans leur expansion territoriale, Athènes dans la contamination avec d'autres gens et Rome dans la conquête de terres et de peuples, n'avaient pas de difficulté à porter dans leur ciel les dieux des populations avec lesquelles ils entraient en contact ou qu'ils conquéraient.

Ceci permettait de maintenir et de reconnaître l'identité de chaque peuple et les croyances de ses gens. La tolérance commence en effet avec l'acceptation des respectives divinités, avec leur reconnaissance. Lorsque ce principe échoue commencent les guerres de religion qui sont plus sanglantes et cruelles des guerres dictées d'intérêts économiques ou territoriaux. Parce que la religion exprime en forme mythique la configuration anthropologique d'un peuple, le mode de mener sa vie, à partir du scénario céleste que chaque religion dessine, pour dépasser cette dimension tragique de l'existence humaine qu'elle décrit aussi bien. Les dieux sont morts et le monothéisme a détruit, non seulement métaphoriquement, tous les temples des dieux anciens.  Mais récemment il semble que même Dieu soit mort, parce que le monde ne se passe plus suivant ses lois.

Si nous enlevons le mot «Dieu» du Moyen âge, lorsque l'art était art sacré, la littérature était enfer, purgatoire et paradis, même la femme était femme-ange, nous ne comprenons rien de cette époque, alors que, enlevé le mot «Dieu», notre époque se laisse comprendre parfaitement, moins peut-être si nous enlevons le mot «argent» ou le mot «technique».

2785639-Hindu-Gods-by-the-river-bank-0.jpgDonc Dieu ne fait plus le monde, il ne le crée plus. Dieu est mort. Mais la mort de Dieu ne nous a pas rendu les dieux, pour lesquels notre paganisme est sans ciel. Il nous a cependant laissé cet héritage typique des religions monothéistes qui s'appelle intolérance, inévitable conséquence de celui qui se croit en possession de la vérité absolue. Une intolérance qui n'est pas extirpée et non plus soulagée par les invitations à l'amour et à la compréhension du prochain et de celui qui est différent de nous, auquel les mots de la religion opportunément nous invitent sans nous persuader, jusqu'à ce que il ne reste que leur principe inaliénable d'être les dépositaires de la vérité absolue. Nietzsche se demandait: «Et les dieux moururent d'un fou rire lorsque ils entendirent qu'un dieu voulait être le seul».

Donc qui sont les autres? Pauvres errants? Ceci est la raison pour laquelle il serait souhaitable que les dieux reviennent.

Ecrit par Luis Batista

 

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12:09 Écrit par LuisB dans Karma, Opinion, Religion | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dieu, dieux grecs, philosophie, la vie, religion, pensée, mythologie, la mort | |  Facebook | | | | Pin it! |

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