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mercredi, 03 février 2010

L'organisme et l'individu: le droit de mourir

20070219000350_hand-flower021807.jpgLes avis influents et les maintes considérations, stimulés et actualisés par des cas récents et touchants soit en Europe que dans le reste du monde, invitent beaucoup d'entre nous dans cette société moderne qu'est la nôtre à se mettre en jeu dans le débat sur l'euthanasie. Le problème de fond, ou bien la possibilité ou moins pour un sujet conscient d'obtenir pour lui-même la fin d'une existence devenue insupportable, est à mon avis immédiatement associable au paradigme de suicide, en différant uniquement pour la condition de santé du sujet, que nous définirons «différente», sans vouloir créer d'inopportunes hiérarchies de la douleur, et pour le jugement moral associé, généralement beaucoup plus dur et décidé pour la seconde.


42-23777049.jpgJe crois que l'incertitude d'aujourd'hui sur le droit à l'euthanasie soit l'héritage des comptes non résolus et aujourd'hui considérés comme acquis de l'humanité avec la mort, dans le sens que c'est la société, peut-être pour se leurrer, peut-être même pour bien faire (pour instituer une culture de confiance et de foi) à nier à un homme la possibilité d'affronter comme il  pense sa propre existence. On peut lire ainsi le tout comme un rapport de force: l'autorité, qui part par l'être social, et donc conjointement politique et morale, impose à l'«outcast» son modèle. Le jugement ne peut ainsi que résulter, si les règles sont celles de la liberté respectueuse et de la recherche constructive de la vérité, profondément négatif.

L'euthanasie n'est pas suicide, parce que dans le suicide la pulsion de mort a le dessus sur la pulsion de vie, alors que dans le cas de l'euthanasie nous ne sommes pas en présence d'une dévastante pulsion de mort, mais à une envie de vivre qui cependant au sujet semble insoutenable pour les conditions dans lesquelles coule sa vie rendue possible seulement par des machines qui soutiennent son organisme. La technique a en effet créé un temps intermédiaire entre la vie et la mort, où une vie organique se prolonge ou en l'absence d'une vie cognitive ou en conflit avec la limite de souffrance du patient, qui dans ce cas demande à être aidé à mourir. On peut parler d'euthanasie seulement dans ce second cas, dans lequel on seconde la libre volonté exprimée en tant que malade de poser fin à son existence lorsque l'on vérifie des conditions qui la rendent insupportable. Pourquoi tant d'incertitude et tant de discussions autour de la mort assistée, demandée, invoquée, quand le patient est vivant seulement pour les lois biologiques de l'organisme, dans cette nuit sombre déterminée de l'irréversibilité de sa condition qui n'attend plus aucune aube ? Parce que notre concept de «vie» est incertain, qui oscille effroyablement entre la vie anonyme de l'organisme et celle personnalisée de l'individu qui, dans les possibilités biologiques restantes de son corps, ne reconnaît et ne laisse reconnaître aucune image de lui.

424-23777060 (1).jpgEn première position est attestée l'église catholique, et on pourrait y ajouter entre autres la religion islamique, et la conviction de beaucoup de croyants que, partant du concept que la vie est un don de Dieu, en demandent le respect jusqu'au dernier soupir. Cet argument me semble trop vague jusqu'aux limites de l'insignifiant, sinon résolument matérialiste.

Qu'est en effet, la vie? La simple animation de la matière, comme il semble pouvoir être dit de certaines existences tenues justement «en vie» de l'instrumentation technologique, ou le respect de l'individu, de sa conscience, de sa délibération que justement le christianisme, et nul autre, a érigé en valeur indiscutable, en transmettant cette reconnaissance à la culture laïque qui l'a assumée comme principe de son organisation sociale? Le problème de l'euthanasie ne met pas en jeu la valeur de la «vie» qui est proliférée partout, mais la valeur de l'«individu» qui, dans certaines conditions, peut, ne plus se retenir digne de lui même, et peut donc se sentir en droit de décider de mettre fin à une existence lorsque celle-ci a assumé des traits de simple procès biologique qui, grâce à l'assistance technique, procède dans son anonyme irréversibilité.

Avec ces considérations je ne veux pas briser des lances en faveur de l'euthanasie à tout prix; simplement je voudrais que la mort perde son trait d'étrangéité qu'elle possède inévitablement lorsque elle est confiée aux sorts biologiques de l'organisme et devienne quelque chose de familial avec la vie, quelque chose qui ne referme pas comme un évènement étranger amours et amitiés, mais se fait accompagner d'amours et d'amitiés pour lesquelles et avec lesquelles on a vécu. Ceci est la mort «humaine» qu'il faut absolument distinguer de la mort «biologique», qui à la limite ne nous concerne pas.

1695527481_95f062d290_o.jpgFace aux progrès de la technique médicale, que les défenseurs de la «sacralité de la vie» refusent lorsqu'il s'agit de naître et accueillent à mains ouvertes lorsqu'il s'agit de mourir, n'effacent la zone d'ombre que nous retrouvons dans le regard modeste, parce que seulement «organique», que la science a de la vie et de la mort. La science fait très bien à se conformer rigoureusement à son regard, parce qu'autrement toutes ses méthodes sauteraient, mais nous nous ferions mal à abaisser notre regard sur la vie et sur la mort au niveau du regard scientifique. Nous perdrions dans l'ordre: la notion de «personne» en faveur de celle d'«organisme», la notion d'«individu» en faveur de celle de «genre, la notion de «vie» réduite au simple prolongement de la «quantitative biologique» propre, en oubliant que la vie est fondamentalement biographie, découverte d'un sens, espace de liberté et de décision. Ignorer ces caractéristiques signifie ne pas reconnaître l'homme et sa différence essentielle par rapport aux animaux, aux plantes, aux choses. En synthèse on peut affirmer que le droit de mourir n'a rien à voir avec le suicide. L'être en présence d'une maladie incurable comme cause de mort nous permet de distinguer entre "ne pas contraster" la mort et "se suicider", entre "se laisser mourir" et "provoquer la mort".

Ecrit par: Luis Batista

 

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