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mercredi, 17 février 2010

L'Afrique de la tyrannie au Darfour les plaies d'un continent

David%20Leeson%20-%20orf%E3o%20de%20guerra%20Angola.jpgL'Afrique indépendante accomplit un demi-siècle: c'était en effet en 1960 que beaucoup de pays conquirent la souveraineté nationale. C'était cette même année que le procès de décolonisation, déjà commencé dans la décennie précédente et annoncé bien avant, directement après la fin de la Seconde guerre mondiale, accélère les rythmes dans le continent.

Le procès se prolongera jusque dans les années soixante-dix pour les colonies portugaises, Angola et Mozambique, obligés d'attendre la «décolonisation interne» du Portugal, c'est-à-dire la fin de la dictature de Salazar. C'était exaltant, pour le garçon qui n'avait même pas dix ans (mais très curieux et observateur) que j'étais, d'assister à la naissance de tant de nations. Curiosité que je porte encore aujourd'hui pour ce que je considère mon continent du cœur et de l'âme.


africawoman.jpgC'était un des grands événements du '900: les africains devenaient des protagonistes sur leur terre, qui se colorait de tant de drapeaux nationaux, après avoir été une large tache («sans histoire et sans individus») sur laquelle s'agitaient des drapeaux de puissances coloniales. Sans l'émancipation de l'Afrique il n'y aurait aujourd'hui, probablement pas, à la tête des Etats Unis d'Amérique un président avec une précise ascendance africaine.

La déception intervient souvent lorsque les importants déroulements de l'histoire, qui ont marqué un progrès et ont allumé les fantaisies, se heurtent avec la réalité. Bon nombre de leaders des mouvements indépendantistes une fois arrivés au pouvoir se sont transformés en véritables despotes. Ils n'auraient pas les mêmes tons (un peu renaissants) les portraits que j'écrivis des leaders après les avoir rencontrés: de Nkrumah, président du Ghana, ou de Seku Turé, président de la Guinée, pour ne pas parler de Mobutu, président du Congo (peut-être pas entièrement étranger à l'élimination de Lumumba, que je connus comme représentant de la bière Primus, à Stanley ville).

r188055_703060.jpgIl y a beaucoup d'explications. Une démocratie ne naît pas spontanément. Nous européens le savons bien. Pour l'Afrique il doit être rappelé que dans le traçage des frontières de leurs propriétés, à la fin du '800, les puissances coloniales n'occupèrent pas à l'homogénéité culturelle des groupes humains. Les mêmes frontières devinrent dans les années 60 celles des Etats-nations indépendants. Ainsi, à titre d'exemple, les peuples de la langue kongo furent dispersés en trois États, le Congo ex français, le Congo ex belge et l'Angola ex portugais. Personne ne prit en considération le fait que ces peuples avaient constitué dans le passé un puissant règne, duré beaucoup plus longtemps que l'époque coloniale.

Le grand Nigeria, comme d'autres pays plus petits, assemble une mosaïque de groupes hétérogènes (ethniques, tribales) sur lesquels s'est superposée une structure d'état. Naissent donc souvent des États et non pas des vraies Nations. Le nationalisme après l'indépendance est devenu une idéologie d'État qui a légitimé le pouvoir d'un groupe, d'une élite. Presque toutes les crises, souvent sanglantes, des dernières décennies sont dues à des heurts entre groupes ethniques qui se disputent le pouvoir. Et les partis politiques sont généralement divisés sur les tribus.

La prise de conscience de la nationalité est toutefois très rapide, en particulier dans les agglomérations urbaines où le croisement ethnique est inévitable et où réside le pouvoir. Dans moins d'une génération, la moitié de la population africaine sera citadine et les gens se sentiront toujours plus sénégalais, kényan, ivoiriens, gabonais, camerounais et non plus sérère, ulof, kikuyu, bété, fang ou bamiléké.

BE059961.jpgLes crises récurrentes dans le continent ne sont pas une fatalité. Il y a vingt ans l'Afrique australe entière était en guerre. Il y avait la guerre civile en Mozambique et en Angola. Une guerre de libération en Zimbabwe. L'apartheid en Afrique du Sud et en Namibie. Aujourd'hui l'Afrique australe est sortie de la guerre. Reste détestable la situation déplorable dans les Zimbabwe.

Depuis l'indépendance l'Afrique des Grands Lacs a connu les massacres dans le Congo ex belge et l'annexe guerre du Katanga; une féroce guérilla dans le Congo ex français; le génocide de 1994 au Rwanda; la guerre civile dans le nord de l'Uganda. Et la guerre presque mondiale dans le Congo ex belge, devenu Zaïre et ensuite République Démocratique, avec l'intervention militaire de neuf pays et la participation d'un nombre indéterminé de groupes armés. Il serait hasardé dire que tout va bien maintenant dans la RDC. Il y a de toute façon lieu de signaler qu'il y a eu diverses élections : des législatives aux présidentielles.

Suivies, c'est vrai, d'une autre crise dans la région des Grands Lacs. Dans l'Afrique occidentale il y a eu la guerre de la Biafra, la guerre civile en Libéria et dans le Sierra Leone. Les conflits en Nigeria se sont assoupis. La Côte d'Ivoire a déferlé son image de pays ordonné et aisé. Ensuite il y a la Corne d'Afrique, où les ex colonies italiennes ont été longtemps au cœur des conflits: celui pour l'indépendance de l'Érythrée; la révolution éthiopienne qui a balayé la monarchie; et surtout le drame de la Somalie. Pays qui dans les années 60, lorsqu'il déclara l'indépendance, fut indiqué comme un exemple de démocratie. Cette liste, longue, épuisante mais incomplète sert à souligner qu'aujourd'hui il reste encore beaucoup de crises à l'état latent, mais qu'une seule mérite d'être définie une crise ouverte et sanglante: cette du Darfour, une sale guerre qui peut déborder dans les pays voisins. Beaucoup de dictatures se sont transformées en démocraties, soient-elles précaires.

42.956._0000_luisb.JPGLa grande diffusion de téléphones cellulaires, souvent même dans des villages isolés, favorise les communications, donc un échange d'informations et d'idées, un temps impensable. Les plaies de l'Afrique sont nombreuses: elles vont de la mortalité infantile, au paludisme, à la tuberculose, au Sida. Dans "The Bottom Billion", Paul Collier, professeur et directeur du Centre d'études de l'économie de développement africaine, cherche à expliquer la pauvreté des damnés de la terre: le milliard d'hommes et de femmes qui vivent dans environ 58 pays, le 70% en Afrique subsaharienne. Les principales raisons seraient quatre.

1) Les conflits armés qui se répètent sans arrêt, plus ou moins intensément, de manière chronique, et quand même toujours latents, qui engendrent l'instabilité, un bas taux de scolarité et une intense criminalité.

2) La malédiction des ressources naturelles, qui représentent une manne créent un désastreux clientélisme dans les systèmes démocratiques, et une arme dangereuse dans ceux autoritaires.

3) Les interclusions, donc la situation des pays sans débouchés sur la mer et dépendants de ceux qui les entourent et abusent de leur position privilégiée en imposant des taxes et des droits.

4) Le mauvais gouvernement. Le futur n'est pas rose, dit Collier: le paysage mondial s'attriste sur les pays pauvres, qui subiront plus que les autres le poids de la crise.

42-17414650.jpgÀ l'intérieur du même continent, deux stratégies se confrontent avec la même histoire. Une proposition a origine dans une histoire de l'Afrique qui est devenue de quelque façon lointaine, décolorée par le temps et rendue toujours plus floue en avançant vers la globalisation, alors que l'autre doit son existence à un jugement tellement immédiat et voit des victimes et coupables encore en vie et emprisonnés dans la nécessité de la cohabitation.

Ce contraste apporte quant à lui un paradoxe dans les attentes. Au moins, dans le second cas on devrait arriver, dans une forme ou dans l'autre, à une demande de réparations. Les victimes sont vivantes et ont besoin d'une réhabilitation, pendant que leurs bourreaux - comme groupe identifiable - aspirent à une existence privilégiée et sûre, parmi les dépouilles d'un sordide passé.

Ecrit par: Luis Batista

 

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00:05 Écrit par LuisB dans Droits de l'homme, Opinion, Paix, Politique, Solidarité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : afrique, solidarité, paix, dictateur, démocratie, avenir, darfur, indépendance, dictature | |  Facebook | | | | Pin it! |

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