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mercredi, 03 mars 2010

La lente évaporation du cycle de la vie

42-21923829.jpgPour Talès de Mileto (1) l'eau était le principe et la fondation (arkhé) de toutes les choses parce que chaque chose se génère et vit dans l'humidité. L'eau, ensemble avec l'air, le feu et la terre, est l'un des quatre éléments fondamentaux de la physique présocratique; mais ces quatre éléments continuent à être la référence ultime des analyses d'impact des activités humaines encore à ce jour. L'analyse du cycle de vie (Life Cycle Assessement), en effet, analyse l'impact environnemental des biens sur la base de la quantité de ces mêmes éléments consommés pour les produire, pour les distribuer, pour les écouler ou les recycler et ce pendant leur emploi ou consommation.


wwater03.jpgEt si aujourd'hui le feu s'appelle énergie et se calcule en calories ou en joule, la terre s'appelle matière, et en analyse de ce type on la calcule en tonnes ou en mètres cubes, l'air se calcule en mètres cubes normaux (ceux nécessaires pour diluer la concentration des polluants émis en dessous de leur seuil critique, c'est-à-dire celle qui a été prouvée nuisible pour la santé humaine), l'eau est toujours l'eau: celle que tous connaissent depuis la nuit des temps et à toutes les latitudes, en la puisant, lorsque il y a, des sources, des puits, des fontaines, des robinets, ou des bouteilles d'eau soi-disant «minérale».

Pour l'homme primitif, préurbain - ou qui n'est encore pas complètement transformé par la dimension urbaine de la civilisation - le monde est peuplé d'êtres animés, dotés d'une propre vie; et entrer en contact avec eux veut dire partager, dans le bien et le mal, une partie de leur âme; on ne peut pas le faire si non à travers une série de rites propitiatoires.

Surtout avec l'eau et le feu. Beaucoup de religions transmettent dans leurs rites une trace de ce sentiment de primordialité. La révérence vers les vertus purificatrices de l'eau se conserve dans le baptême chrétien, dans l'immersion dans le fleuve des induisîtes, dans le bain sacré des hébreux, dans les ablutions avant la prière des islamiques.

Même pour l'homme moderne le monde physique (rebaptisé environnement) n'est pas constitué uniquement d'objets. Chaque bien a en soi quelque chose qui l'anime et lui donne de la valeur. L'âme des choses du monde moderne est le prix, qui réduit chaque chose à de la marchandise et la met ainsi en relation avec toutes les autres. Le prix est une relation purement quantitative: le programme galiléen mais thématique du monde a trouvé sa pleine réalisation non pas dans les sciences de la nature - toujours plus aux prises avec le problème des complexités, qui introduit des éléments d'imprécision dans le projet des statistiques de réduction d'un déterminisme mécanique universel - mais plutôt dans les différentes branches de l'économie, qui ne rencontrent pas de freins dans l'attribution d'un prix à chaque chose, y compris la vie humaine ou la qualité de l'environnement.

42-16766094.jpgLa privatisation de l'eau, c'est-à-dire sa transformation en marchandise, est justifiée avec le fait qu'en régime de pénurie, seule la gestion par entreprise évite les gaspillages et limite les consommations: une thèse démentie du fait qu'avec l'entrée des multinationales de l'eau dans les gestions des ressources hydriques dans beaucoup de pays du Tiers monde les piscines des riches continuent à être remplies d'eau courante, alors que les quartiers des pauvres restent à sec. «C'est l'économie, stupide !», dirait quelqu'un.

Entre l'approche de l'homme primitif - l'eau est de tous: un bien semblerait-il pré disponible - et cet accomplissement de la modernité qui se réalise à travers l'appropriation privée de l'eau - des bien qui avec l'air, pour plus de deux siècles, les manuels d'économie avaient fait les paradigmes de ressources soustraites au régime de pénurie, qui donne par contre un prix, c'est-à-dire transforme en marchandises, toutes les autres - l'évolution historique a traversé une longue période où l'eau a été considérée un bien commun, qui demande des soins, défense et règles partagées: soit au niveau local que dans le plus vaste territoire des nations et des règnes, dont beaucoup (Egypte, Mésopotamie, Chine, Inde, etc.) se sont constitués justement pour garantir une gestion commune des eaux. En tutelle à l'eau ce sont organisés aussi bien les communautés des oasis (qui n'ont jamais été induites à privatiser l'eau même en cas de pénurie, mais plutôt à en activer une minutieuse et soignée gestion commune) autant que les constructeurs des aqueducs romains, des fontaines qui constituaient le centre - et souvent aussi le symbole - des médiéval communs et de la ville de la Renaissance; jusqu'aux grands projets hydrauliques des chartreux et ensuite de Leonardo da Vinci à ceux lancés pour garantir le ravitaillement hydrique à l'expansion urbaine et au développement manufacturier induits de la révolution industrielle.

Évolution et non pas progrès; parce que vraiment l'approche à l'eau nous montre combien l'histoire humaine soit capable non seulement de pas en avant, mais aussi de courses en arrière. De la vallée de l'Indus de Mohenjo Daro (3000 a.c.) nous avons encore les restes des thermes dans lesquelles ses habitants allaient se laver; et ainsi dans les villes romaines et - jusqu'à nos jours - dans les médianes arabes et dans mille autres places au monde.

wwater12.jpgMais la désurbanisation des époques de crise a souvent coïncidé avec la rupture et la décadence des installations hydriques qui réapprovisionnaient les villes et en sauvegardaient l'hygiène; et une véritable diabolisation de l'eau - et de son emploi à des fins hygiéniques - a intéressé le tard moyen âge et le début du monde moderne, au fur et à mesure qu'en Europe, avec la persécution des sorcières, c'est-à-dire des détentrices d'un art de soins transmis oralement, prenait le dessus une science de soins cultivée et professée uniquement par des hommes, qui déconseillaient de toute façon le contact avec l'eau, coupable d'ouvrir aux contagions les pores du corps. Cette éclipse de la raison au nom de la science a eu son emblème en Louis XIV, le Roi Soleil, qui fit un seul bain en 66 ans de règne.

Aujourd'hui, alors que la consommation de l'eau - dans les pays qui peuvent se le permettre - a rejoint la moyenne astronomique de 500 litres au jour par tête, plus d'un milliard des habitants de la planète ne réussit pas à rejoindre la moyenne par tête (une moyenne entre celui qui a la villa avec piscine et celui qui vit dans un slum sans fontaine et sans toilettes) de 20 litres par jour, ce que l'Onu retient comme minimum vital. Malgré les Millennium Goals oubliés, proclamés au tournant du siècle, qui supposent la mise à zéro de la population à court d'eau pour 2025, le futur apparaît maintenant pire que le présent. Parce que la population augmente, surtout dans les pays qui sont déjà aujourd'hui en pénurie d'eau; parce que la désertification augmente, c'est-à-dire les territoires où l'eau n'est pas suffisante pour soutenir la végétation; parce que la consommation d'eau pour alimenter le développement économique augmente, en induisant des prélèvements qui dépassent la portée de nappes qui s'abaissent de jour en jour; à cause de gestions inadéquates des systèmes hydriques, beaucoup d'eau est pollué et donc plus utilisable.

water-needs2.jpgL'eau, disent les fabricants de scénarios, c'est le pétrole du futur: dans le sens que très rapidement nous nous apercevrons qu'elle est encore plus insuffisante et «à terme» que le pétrole. De même parce que, désormais, un quota croissant du ravitaillement d'eau dépend justement de l'énergie engendrée par le pétrole: pompages pour exploiter des nappes toujours plus profondes et pour créer la pression nécessaire pour rejoindre les robinets; épurateurs pour réduire la pollution et dessaleuses pour extraire de l'eau douce de la mer. Pendant des millénaires, l'eau, avec ses chutes (d'abord les moulins, ensuite les centrales hydro-électriques) a été la principale source d'énergie non animale qu'aient puisé les activités de l'homme.

Aujourd'hui, elle est l'énergie, en grande partie engendrée par le pétrole, à nous garantir un quota croissant de l'eau que nous consommons. Autour de cette ressource, se préparent - et se mènent déjà - trois guerres qui décideront du futur de l'humanité: la première est celle entre les Etats, pour la répartition de ressources hydriques communes: fleuves, nappes, lacs; la deuxième est celle des entreprises de l'eau contre les citoyens, pour s'approprier et faire des profits avec le plus important bien commun d'un territoire; la troisième, peut-être la plus importante, est celle entre l'homme et son environnement: celle qui absorbe et pollue les réserves hydriques de la planète, au lieu de mettre le patrimoine de connaissances dont nous disposons au service de l'emploi de l'eau plus sobre, plus intelligent, plus prévoyant, en sauvegardant ainsi les générations futures.


l'odyssée de l'eau
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Note: (1) Talès de Mileto a été un philosophe grec ancien célèbre pour sa sagesse. Il est communément considéré le premier philosophe de l'histoire occidentale et fut parmi les premiers découvreurs de la géométrie.

Ecrit par: Luis Batista


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