Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 10 mars 2010

Le premier voyage de l'homo sapiens

hobbit head-lo.jpgIl arrive qu'un jour en Australie, au pied d'une basse cordillère, dans le sable de quartz d'un lac sec depuis dix huit mille ans les archéologues trouvent des restes très spéciaux. Le corps d'une femme d'environ vingt ans, incinéré, soigneusement réduit en miettes, recouvert de poussière d'ocre et ensuite enterré. Les spécialistes n'en croient pas leurs yeux: les os ont soixante deux mille ans, vingt mille de plus que les hommes des grottes peintes de Lascaux en France. La plus ancienne crémation de l'histoire.


2262263427_e3f5b88d02.jpgMais l'examen du DNA offre d'autres surprises. La jeune ancêtre appartient à la même race - «homo sapiens» - des anglo-saxons colonisateurs. Rien à faire avec les simiesques des australopithèques ou avec le «Neandertal man» du front rocheux. Comme les habitants de Lascaux, la progénitrice est descendante des chasseurs qui peuplèrent l'Afrique du sud-est, le «berceau de la civilisation» où l'homme commença à peindre, socialiser, enterrer les morts. Et pas seulement: sa population débarqua en Australie au moins dix mille ans avant que l'homme nouveau n'arrive en Europe.

Mais si l'Afrique fut la Grande Mère, comment ont fait ces ancêtres semblables à nous à arriver en Océanie? Comment ont-ils traversé la mer, vu que l'Australie a toujours été une île, même quand le grand froid tenait bas le niveau des océans?

Il y a quarante ans de cela, le génétiste et scientifique italien Luca Cavalli Sforza vérifia que le monde fut colonisé de descendants d'une individuelle tribu africaine d' «homo sapiens», au maximum sept cents individus de peau noire, partis vers la Mer Rouge, il y a de cela soixante dix sept mille ans.

Mais le premier grand voyage de l'humanité n'avait jamais été refait. Maintenant des scientifiques ont comblé la lacune, armés de moyens de datation, de «carbone 14», d'isotopes, de cartes génétiques, de révélateurs de «thermoluminescence», et des dernières connaissances de paléoanthropologie. Pendant des années, ils ont suivi les traces de ceux qui allèrent vers le soleil naissant le long des côtes de l'Océan Indien, en traversant la Mer Rouge comme les hébreux, et ensuite les détroits de Báb el Mandeb jusqu'au sous-continent indien et à l'archipel de l'Indonésie.

Ouragans et éruptions l'enfer primordial

09_theme_skull.jpgIl en est sorti un livre passionnant - "The Bone Readers" (Le lecteur d'os) - qui reparcourt en termes divulguatifs cette immigration primordiale durée cinq mille ans et en suit les étapes dans une Terre battue d'ouragans, de froids polaires et d'épouvantables éruptions. Un des auteurs, l'italien, Claudio Tuniz, du Centre de physique de Trieste, spécialiste en datations avec les accélérateurs de particules. Avec lui, les australiens Richard Gillespie, l'archéologue de Sydney, et Cheryl Jones, le journaliste scientifique d'ancêtres aborigènes. En le lisant, on se rend compte que plus qu'un roman c'est un thriller.

Un voyage où les voies - pour citer l'écrivain et voyageur britannique Bruce Chatwin - se dévoilent non pas à travers les «chants» mais à travers de micro-signaux captés du stéthoscope d'apprentis sorciers. Une exploration dans le temps, qui part du terminus-Australie, terre où il suffit de gratter pour toucher l'âge de la pierre. Des traces humaines, comme celles trouvées il y a quelques années sur le lac Wilandra, à l'ouest de Sydney, vieilles de vingt mille ans et parfaitement conservées.

Neanderthalman.jpgÀ l'origine il y a l'Afrique, prédit Charles Darwin en prenant acte de l'énorme quantité de singes sur le "Rift", la fracture nord-sud qui coupe l'Afrique Orientale. Aujourd'hui tout confirme cette intuition; et elle vient d'Afrique, dans les Pompéi de l'âge de la pierre, la grotte de Sterkfontein qui se trouve à quelque 50 kilomètres au nord-ouest de Johannesburg, qui part à la recherche des premiers voyageurs. Il y a tout dans ce précipice où les corps tombent en restant piégés dans un ancien fond marin.

Les premiers hominidés de trois millions d'années et demi, préservés presque intacts. Là, se lit comme dans un film l'histoire du singe nu qui s'élève sur pieds, saisit une pierre, l'effrite et ensuite - il y a cent mille ans - commence à exprimer des langages complexes comme les rites de sépulture et enfin, il y a soixante dix sept mille ans, poussé par une irrésistible inquiétude migratoire, décide de partir. La patrouille avancée d'un peuple mangeur de poisson, capable de naviguer et organisé en tribu.

Alors la Péninsule Arabique est une terre fertile et le Sahara peuplé d'éléphants. Le Golfe persique est en grande partie libre de la mer à cause des glaciations, et puisque les montagnes sont couvertes de glace, il ne reste que la côte. C'est ainsi que l'homo sapiens rejoint l'Inde et l'Andra Pradesh, où il laisse des outils en pierre très semblables à ceux sud-africains.

Bifurcation d'époque

australia-aborigines-460 (1).jpgDans ces années là une gigantesque éruption change le climat de la Terre et porte nos ancêtres voyageants à un pas de l'extinction. De cette étape il ne nous reste que les produits manufacturés. Il n'y a pas encore des restes humains, mais la route de l'homo sapiens en Inde est claire. L'horloge du temps s'arrête à soixante dix sept mille ans. Et la route s'approche à une bifurcation d'époque, dans le Bangladesh. Ici le peuple en mouvement se divise. Une partie monte vers les fleuves de la Chine, pour rejoindre le détroit de Béring, le tremplin vers l'Amérique. Une autre partie descend vers la Malacca et, d'île en île, traverse le dernier détroit de mer pour l'Australie.

Ici aussi il manque des restes humains, mais il y a un signal du passage qui surclasse tous les autres: l'extermination des grands animaux. On ne sait pas ce que c'était: une chasse aveugle, l'incendie de la forêt vierge, ou bien une mutation climatique contemporaine. Il est un fait que tout à coup, en simultané, ils disparaissent. De gigantesques autruches, des marsupiaux gros comme des ours grizzlis, des hippopotames à la tête de chameau. Il n'en reste aucune trace, après l'arrivée des grands chasseurs.

La même chose arrive avec les autres races humaines. L'homo sapiens élimine les possibles concurrents. Via Neandertal; via l'homo erectus roqué depuis deux millions d'années en Chine; via les petits «hobbit» qui se sont réfugiés sur l'île de Flores, Indonésie, où ils avaient cohabité avec de microscopiques éléphants (aujourd'hui éteints) et des lucioles agressives hautes quatre mètres, encore aujourd'hui patrons de la jungle.

aboriginal_2.jpgÉvidemment les aborigènes exultent. Orgueilleux de se savoir plus anciens des européens, à l'ouverture des Jeux Olympiques de Sydney ils ont vanté leur «soixante mille ans de culture» pour avancer des droits sur le territoire australien, en antagonisme avec les conquérants blancs. La révolution biologique engendrée par Darwin, peut on lire dans le livre, avait encouragé le hold-up aux dommages des primitifs, dégradés au rôle de sous-hommes et forcés à subir des insultes comme l'exposition de leurs squelettes dans les musées occidentaux.

Aujourd'hui l'Australie se fait rendre de la moitié du monde les cendres des progénitures mais il arrive que, lorsque les légitimes héritiers en viennent en possession, ceux-ci pourvoient à une nouvelle crémation purificatrice suivant les rites des ancêtres, ce qui engendre d'inévitables tensions avec le monde de la recherche. Bizarrerie du XXIème siècle: guerres scientifiques et heurts politiques autour des os du paléolithique. Peut-être les apprentis sorciers ont mis en marche une machine que personne ne réussit à arrêter.

Ecrit par: Luis Batista


QR-Code de l'article: Le premier voyage de l'homo sapiens

qrcode








Disclaimer

 

Adverbum ne représente pas une publication journalistique et est ajourné sans aucune périodicité.

L'auteur du blog n'est pas responsable du contenu des commentaires au post, ni du contenu des sites y reliés.

Quelques images et le matériel multimédia en général insérés dans ce blog sont tirés d'internet et, par conséquent, considérés de notoriété publique; au cas où leur publication violerait des éventuels droits d'auteur, il est prié de le communiquer via email et la publication sera immédiatement enlevée.

 

Les commentaires sont fermés.