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mercredi, 05 mai 2010

Les cathares - Les purs qui moururent au nom de Dieu

anu25_03a.jpgLe 30 mai 1203 le pape Innocenzo III écrivait à l'archevêque de Narbonne une lettre brûlante, dans laquelle il lui disait sans demi-termes que son style de vie le rendait maudit de Dieu. Le haut prélat, titulaire de l'une des plus riches et vastes archidiocèses de France, avait entièrement abandonné le métier de prêtre pour se retirer à vivre dans la splendide abbaye de Montearagón, où (d'après une allusion non trop voilée du même Pape) il habitait avec la veuve de son frère, et le couple avait même eu des enfants.

Tout cela face aux gens, sans se préoccuper nullement du scandale. Au fond, cependant, le scandale n'était pas ce que nous pourrions imaginer aujourd'hui: une grande partie du haut clergé en ce temps là vivait ainsi, excepté une poignée de bons évêques et de saints abbés qui comme des mouches blanches s'obstinaient à tenir foi à leurs vœux.


Inkvisisjonen.jpgLe résultat était celui qu'Innocenzo III déplorait: les églises étaient désertes, les gens se désintéressaient des Évangiles et de la religion en général. Dans le sud de la France on avait répandu une vraie Église autonome, organisée par ses propres diocèses, qui s'inspirait au credo d'une ancienne secte chrétienne du II siècle, le gnosticisme (du grec gnòsis, connaissance). Cette version alternative du christianisme, différente de celle de Pietro et des Évangiles, avait survécu en Orient et ensuite vers le siècle X elle s'était répandue même en Europe: entre eux ils s'appelaient «cathares», du grec katharòs, pur. Les cathares, comme les anciens gnostiques, croyaient que Jésus n'avait jamais été un vrai homme de chair et de sang, mais plutôt un ange, une créature spirituelle venue sur la Terre pour enseigner aux hommes comment trouver la voie du salut; le monde et la chair des hommes étaient en réalité la création d'un dieu mauvais qui avait voulu emprisonner les âmes dans un lourd fardeau de matière plein de vices et de péchés, le corps. Le Christ, messager de Dieu, ne pouvait avoir un corps réel parce qu'il était dépourvu de péché, donc en second lieu les cathares n'avaient jamais souffert la passion ni étaient jamais morts.

Les cathares se ramassaient autour d'un groupe d'ascètes (appelés «parfaits») qui avaient indubitablement des vertus héroïques: ils vivaient en second lieu l'idéal de la pauvreté évangélique, pratiquaient la chasteté absolue et de longs jeûnes pour mortifier la chair, se dédiaient complètement à la prédication, à l'enseignement, à conseiller spirituellement les fidèles. Ceux qui voulaient dédier leur vie au service de Dieu prenaient des notes très rigides qui s'effectuaient dans le consolamentum, l'unique sacrement reconnu par eux. Les cathares en effet ne pratiquaient pas le baptême, la communion ni les autres sacrements, y compris le mariage: puisque la chair était vue comme réceptacle de tous les maux, procréer était considéré comme une erreur ainsi d'ailleurs qu'avoir des rapports sexuels. Le mariage, siège de rapports sexuels stables, était interdit.

Ce concept créait de nombreux problèmes au niveau social: des femmes et des hommes laissaient leur famille pour entrer dans les communautés des cathares. En outre (puisque la chasteté absolue était un engagement que seulement très peu savaient maintenir) dans la vie quotidienne les gens finissait par vivre des liens provisoires et non officiels, qui pouvaient se casser à tout moment pour donner lieu à des couples différents. Plutôt que de se marier, on tolérait largement le concubinage et même l'amour libre.

albegensian-crusade.pngUn autre gros problème que le catharisme créait au niveau social était la défense absolue de prêter serment: dans la société des siècles XII-XIII l'entier système des pouvoirs était basé sur le serment de fidélité (de l'évêque au Pape, du baron au souverain, du paysan au baron), qui engage l'honneur personnel et constitue un lien absolu. Se refuser de jurer fidélité signifiait être rebelle. Et en effet le credo des cathares fut vastement instrumenté de précises ambitions d'autonomie politique. Beaucoup de grands feudataires du sud de la France profitèrent du catharisme pour se décrocher de l'obéissance au Roi Philippe II Auguste; les évêques pour se libérer de l'autorité du Pape et devenir autonomes; le bas clergé suivit son évêque, et les chefs des cathares purent prêcher ouvertement dans les églises catholiques pourvu qu'ils payaient généreusement le curé.

La liberté des liens féodaux fut même très utile pour casser beaucoup de testaments et disposer à plaisance des biens en employant l'excuse du catharisme, comme il était également possible de changer facilement l'ancienne épouse avec une nouvelle en adhérant à cette Église alternative; et ensuite, fatigués même de celle-ci, en changer encore une. Le vrai, grand problème qui porta à des évènements horribles comme le massacre de Béziers, le 22 Juillet d'il y a huit cents ans, en 1209, était vraiment le climat d'anarchie qui vint à se créer sous le drapeau du changement religieux. Il y avait un morceau entier de la France, le sud, qui avait échappé entièrement au contrôle des institutions. Les évêques qui étaient passés au catharisme avaient changé de doctrine mais sans renoncer aux terres, au pouvoir, aux chevaux et aux nombreuses riches prébendes de leur ancien statut d'évêque catholique; le nouveau credo les soulevait des longues liturgies prévues par le catholicisme, de la charge de visiter le diocèse, de faire des jeûnes, de pratiquer le soin des âmes et ainsi de suite.

P1010483.JPGEt s'ils se mettaient à cohabiter avec une femme (ne serait-ce que leur propre belle-sœur) et ils en avaient des enfants, comme il était arrivé à l'archevêque de Narbonne, les leaders religieux des cathares le voyaient comme une espèce de mal mineur. De nos jours nous pouvons peut-être nous demander pourquoi un homme fort et déterminé comme Innocenzo III n'employa pas cette arme qui dans le Moyen âge avait un terrible pouvoir soit spirituel que temporel: l'excommunication. C'est une question licite, cependant il faut un historien habitué à lire les documents des papes pour voir combien et qui furent les pontifes qui dédièrent tous leurs jours pour éliminer la corruption du corps de l'Église, en finissant ensuite par s'écraser sur une horde inextricable de résistances opposées à tous les niveaux, du puissant archevêque jusqu'au dernier huissier de la curie.

En réalité la spiritualité des cathares (les vrais cathares, les ascètes poussés seulement par exigence religieuse) possédait un profil fascinant, l'idée de vivre le christianisme en pratiquant un style de vie simple, austère, basé sur les préceptes de l'Évangile. San Domenico de Guzman et même San Francesco d'Assise surent cueillir cet aspect lumineux, très important pour l'Église de leur époque, et choisirent d'inaugurer un nouveau type de vie monastique caractérisé par cet idéal de simplicité et de pauvreté.

DSCN2595.JPGMais le catharisme avait également des côtés obscurs que les sources jointes jusqu'à nous nous font voir. Le fait de nier l'humanité du Christ et considérer le corps comme un mal absolu poussait les cathares à favoriser les suicides, et il arrivait souvent que les malades se laissaient mourir de faim; parfois, même si ce n'était pas la règle, certains, qui renonçaient à se suicider étaient tués par les autres qui pensaient ainsi les sauver de la perdition. Il arrivait que certains enfants de familles catholiques, considérés en mesure de devenir un jour de grands saints cathares, étaient enlevés et soustraits pour toujours aux parents. La charité vers les malades et les pauvres, premier devoir du chrétien, n'était pas pratiquée. Un autre aspect inquiétant était l'attitude de dégoût et de mépris que les cathares éprouvaient à la vue d'une femme enceinte, doublement coupable d'avoir forniqué et d'avoir perpétué ainsi dans un autre être le mal incurable de la chair. Vraiment l'opposé de ce qu'affirmera Jean Paul II, selon qui l'entière société civile devrait se sentir en dette devant une femme qui est en train de mettre au monde un enfant.

Discussion

Le Guide: Découverts en Pays Cathare (file pdf)

Ecrit par: Luis Batista

 

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