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mercredi, 12 mai 2010

Hommes cobayes – La chasse aux volontaires pointe le Tiers monde

42-17367415.jpgDix ans de recherche et pas moins de 900 millions d'euros de dépenses: voilà ce qu'il y a derrière un nouveau médicament. Au départ, l'on simule la forme de la molécule à l'ordinateur, pour ensuite passer aux tests in vitro sur les souris, jusqu'à arriver à la dernière étape dont on ne peut se passer: l'expérimentation sur l'homme. Au long du parcours l'on perd neuf médicaments sur dix. Inutiles, nuisibles ou bien trop difficiles à administrer. Et si l'on tient compte qu'aujourd'hui il y a plus de vingt mille médicaments ou traitements aboutis à la phase finale d'expérimentation, on peut se faire une idée de la gigantesque masse d'intérêts qui entoure le monde des cobayes humains.


Devant tout le monde il y a la Big Pharma américaine, avec trente cinq mille tests cliniques en cours. L'Europe toute entière, avec ses trois mille expérimentations, dépasse de peu la Californie à elle seule. A cote mille il y a l'Inde, un pays de Cocagne pour les multinationales pharmaceutiques. Volontaires en quantité, frais réduits, aucun problème avec l'anglais ni avec la base de données informatiques nécessaires pour tenir le compte des patients et des réactions aux tests.

Mener des expériments en Inde au lieu que dans les Usa partage en deux les coûts et réduit d'un tiers les temps. Maintenant que New Delhi a émané une loi qui punit les actes de piraterie pharmaceutique, les grandes entreprises ne courent plus trop le risque de se voir voler les formules. Un tiers de tous les médicaments en expérimentation sur l'homme promet de combattre le cancer, autant sont tournés vers les maladies rares. Et si pratiquement une étude sur deux retombe sous la supervision d'universités ou autres organismes publics, les trials gérés directement par les entreprises pharmaceutiques effleurent cote quatre mille.

42-19768956.jpgDans les Usa, où l'on calcule que non moins de 4 millions de personnes auraient participé au moins à une expérimentation, les industries ont délégué le 75% du travail à des sociétés privées. Il en existe quinze mille et à leurs guichets on retrouve surtout des hispaniques, vétérans de guerre et des chômeurs. Pour arrondir les fins de mois, il n'est pas difficile mentir aux recruteurs et s'inscrire à deux ou trois expérimentations en même temps.

Pourtant les règles pour les tests humains, sur papier, sont très rigides. Les volontaires doivent connaître chaque détail du médicament à tester, inclus les possibles effets secondaires et signer un document pour le consentement informé qui souvent dépasse les dix pages. Les contrôles médicaux sont réguliers et si des premiers symptômes anomaux se manifestent, le volontaire sera obligatoirement exclu du test. À ces conditions (unies à une poignée de dollars par mois comme compensation) il est naturel que dans les pays en voie de développement les cobayes humains ne manquent pas. Entrer dans un protocole d'expérimentation, en Afrique ou dans certains pays d'Asie, est en effet l'unique mode pour recevoir des médicaments innovants et être suivi par un médecin constamment. Mais le respect des règles ici reste un point interrogatif, et ce n'est pas par hasard que John Le Carré ait acclimaté son roman «The constant Gardener» au Kenya, avec une femme qui est assassinée pour avoir découvert un tour d'expérimentations illégales.

42-19768733.jpgDans le monde occidental on devient cobaye humain, en général, pour maladie, lorsque l'unique espoir de guérison arrive d'un médicament ou d'une chirurgie innovatrice. Célèbre le cas de Jesse Gelsinger, victime d'un trial clinique, il avait 18 ans et était affecté d'une rare pathologie au foie, mais pas dangereuse pour sa vie. Malgré cela, il décide de se soumettre à une thérapie génique de l'université de la Pennsylvanie, pour mourir quatre jours après le début du traitement le 29 septembre 1999. C'était l'année 2006, lorsqu'attirés par un message publicitaire diffusé par sms, huit jeunes garçons britanniques acceptent de se soumettre à l'expérimentation d'un nouveau médicament. À deux d'entre eux est administré un placebo; les autres six, après quelques minutes, accusent d'atroces douleurs. Pour l'un d'eux, le jeune Ryan Wilson, 20 ans, commencent des mois de souffrances inouïes.

article-1015349-0580BB1C0000044D-21_468x352.jpgLes six volontaires britanniques envoyés dans le service réanimation de l'anticorps monoclonale Tgn1412, n'avaient aucun besoin de guérir de quoi que ce soit. Ils étaient parfaitement sains et participaient à la phase de l'expérimentation sur l'homme, qui implique seulement une poignée d'individus et qui a pour objectif de montrer la non-nocivité du nouveau médicament. Par sécurité elles avaient reçu une dose cinq cents fois plus basse que celle résultée toxique chez les singes, mais la précaution n'aura servi à rien. L'expérimentation a pris la pire des tournures possibles et l'histoire du Tgn1412 finira ici. Le médicament ne rejoindra jamais les phases d'expérimentation II et III, celles dans lesquelles entrent en jeu les volontaires malades, la cohorte de cobayes humains s'élargit jusqu'à accueillir des centaines et ensuite milliers d'individus et la médicine est mise à l'épreuve aussi pour son effective capacité de guérir.

Il est évident qu'une maison qui pour des années a chouchouté le rêve d'introduire un nouveau médicament sur le marché n'ait pas envie de répandre trop la voix lorsque les effets sur les volontaires ne sont pas bons. Ainsi il y a quelques années, il a fallu une action légale de l'état de New York pour que soient publiés les résultats ruineux d'un nouvel antidépressif. Et les plus influentes revues médicales du monde, submergées de rapports de trial opaques et de résultats ambigus, depuis des années maintenant se sont accordées afin de publier seulement des expérimentations enregistrées auprès du National Institutes of Health des Etats Unis.

Uganda woman.jpgParfois cependant les dilemmes éthiques soulevés lors d'une expérimentation humaine ne sont pas aussi faciles à résoudre, à titre d'exemple l'affaire Tenofovir. L'antirétroviral de la californienne Gilead s'était montré prometteur dans la prévention d'infections par Hiv. Les tests étaient partis sur des volontaires séronégatifs, mais à haut risque d'infection. Parmi les candidats: homosexuels d'Atlanta et de San Francisco, prostituées du Cameroun, Nigeria, Ghana et Cambodge, toxicomanes thaïlandais. Les tests partirent en 2003 financés entre autre par la fondation de Bill et Melinda Gates.

Tout procéda dans l'habituelle indifférence jusqu'à ce que les activistes d'Act Up, un mouvement pour la défense des droits des séropositifs, ne prirent d'assaut le stand du Gilead à la conférence mondiale sur le Sida de Bangkok, en 2004. Les activistes déploraient que les volontaires aient dû signer une déclaration de consentement informé rédigée en anglais et qu'en cas d'infection pendant l'expérimentation le Gilead ne garantissait aucune thérapie. Le sens de la protestation d'Actu Up était d'enseigner aux prostituées comment prétendre des rapports protégés de leurs clients et de distribuer aux toxicomanes des seringues propres, ne pas les laisser libres de contracter le Hiv seulement pour voir si le médicament fonctionne.

6a00e55188bf7a88340115709576d2970b-800wi.jpgL'organisation Family Health International, qui menait le projet au Cameroun garantissait aux femmes qui seraient tombées malades l'assistance de Médecins Sans Frontières. Mais Médecins Sans Frontières n'avait aucun accord avec l'entreprise. Une fois le scandale Gilead éclaté, les pays impliqués dans le trial des cliniciens ont fait marche arrière l'un après l'autre. Le Cambodge n'est pas une benne à ordures, déclarait le premier ministre de Phnom Penh le 3 août 2004 et l'expérimentation du Tenofovir fut submergée de polémiques. «C'est ça le meilleur moyen de soutenir les droits des malades de Sida?», se demandait tout de suite après Joep Lange, Président de l'International Sida Society au temps de la conférence de Bangkok.

Ecrit par: Luis Batista


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