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mercredi, 02 juin 2010

Lorsque les jours des cendres ont mis en crise la civilisation

842940DE-440C-420E-89B0-B11913043B55_mw800_s.jpgUne femme grande comme une montagne avec un visage à mi-chemin entre beau et terrible. Ainsi Giacomo Leopardi, retenu le plus grand poète italien du dix huitième siècle et l'une des figures les plus importantes de la littérature mondiale, imagine la nature qui se manifeste dans toute son épouvantable puissance à un Islandais. Avec la capacité visionnaire dont seuls les génies sont capables, l'auteur des Opérettes morales (recueilli en vingt-quatre compositions, entre dialogues et nouvelles du style moyen et ironique, écrites entre 1824 et 1832) anticipe les scénarios du présent en faisant justement de la primordiale Islande - terre de volcans explosifs, eaux rebouillantes et cendres volantes - le symbole d'une nature plus forte que chaque dessin humain. Capable de mettre à genou le pouvoir excessif de la civilisation technologique et de paralyser la planète en jetant une ombre noire sur nos certitudes.


eyjafjallajokull_ast_2010109_lrg.jpgCette démesurée grandiosité de la nature les anciens la vénéraient comme une divinité toute-puissante, une mère généreuse et impitoyable qui avec la même indifférence crée et détruit. Là où nous modernes face aux mêmes manifestations oscillons entre la surpuissance et le sentiment de culpabilité, entre l'indifférence et la peur. Nous saccageons la planète comme si elle était à nôtre complète disposition et en même temps nous célébrons des rites expiatoires comme l'Earth day.

Et lorsque le souffle noir de l'Eyjafjallajökull obscure les cieux d'Europe et tient à terre dix huit mille avions, tout d'un coup, nous nous réveillons brusquement de notre délire d'omnipuissance. Et encore une fois, pour nous comme pour nos ancêtres, le volcan en flammes devient un masque qui cache le mystère de la nature. Un modèle de ce principe de vie et de mort qui se révèle aux hommes seul dans l'incandescence changeante et imprévisible des éléments. Comme le disait Héraclite, qui considérait le feu à l'origine des choses, des dieux et des hommes, noyau générateur du cosmos.

etna031100_34.jpgLa religion de l'ère ancienne était en réalité une pensée de la nature. Et en chaque lieu et manifestation il y reconnaissait un dieu. Jupiter, le roi des immortels, seigneur de la pluie et de la foudre, était identifié avec des chênes immenses qui couvraient les sommets orageux des montagnes où généralement se levaient ses sanctuaires. Et où il était possible d'avertir sa voix dans l'éclat des foudres, dans le murmure des feuilles, dans le grondement des tonnerres qui résonnaient comme gongs surnaturels. Et les rois de l'antiquité, pour ressembler à leur modèle divin, portaient des couronnes de feuilles de chêne et imitaient le tonnerre en frappant des plaques de bronze. Il s'agissait de cérémonies pour affirmer l'union entre l'homme et la nature. Une sorte de mariage.

Pinatubo91_eruption_plume_06-12-91.jpgComme celui que les anciens rois de Rome célébraient avec les déesses de la végétation et de l'eau. Parmi les plus célèbres, il y avait celui entre Numa Pompiles et la Nymphe Egérie, la personnification latine de Diana. C'est comme si l'on disait qu'un bon gouvernement de la terre n'est pas possible sans avoir établi de pacte avec la nature. Avec les mots d'aujourd'hui nous l'appellerions un équilibre vertueux entre homme et environnement.

La vraie différence est dans le fait que la pensée des anciens considérait l'homme une partie de la nature et non pas son centre. L'anthropocentrisme, c'est-à-dire l'affirmation de l'absolue supériorité des hommes par rapport aux autres espèces vivantes et vis-à-vis de la nature en général, est en effet fruit du christianisme. Et c'est une des raisons historiques du désintérêt relatif de l'Occident pour les sorts de l'écosystème. Depuis, les origines de la religion du dieu surnaturel devenu homme se caractérise par une forte méfiance vers tout ce qui est nature, entendu comme habitat, mais également comme ce qui dans l'homme même est simplement matière vivante.

volcano-5.jpgVers notre partie animale en somme. Ce n'est pas par hasard que le diable est souvent représenté sous forme d'animal. Parce que le dieu de la Bible crée la nature, mais il n'est pas la nature. Déjà chez les premiers grands penseurs de l'Église, comme Saint Augustin, on avertit le sens d'un profond détachement entre l'homme et les autres espèces, entre société et environnement.

Fondé sur l'idée d'une transcendance de l'homme par rapport à tous les autres vivants, sur le modèle de l'absolue transcendance divine. Et, au début de la modernité, une des différences entre le monde catholique et protestant était justement le fait que ce dernier conserve, même pendant des siècles, une étique de la nature, un sens de la sacralité des bois, des montagnes, des lacs. Presque une réminiscence des anciens cultes germaniques.

Comme l'a écrit le grand anthropologue Claude Lévi-Strauss, il a été le mythe de la dignité exclusive de l'homme puisqu'il a été créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, en le séparant de fait de la nature. En en faisant un roi étranger à son règne.

B3F48200-9453-4E20-B524-9B1C052B7F04_mw800_mh600_s.jpgAujourd'hui notre relation avec la nature représente la version, des siècles plus tard, de l'anthropocentrisme chrétien. Avec la foi dans le progrès au lieu de celle en dieu. Nous ne nous sentons pas des parties d'un tout, mais nous avons divisé le tout en parties. Notre imaginaire a parcellisé cette unité primordiale que les anciens respectaient religieusement, en la divisant en autant de spécialisations. Climat, planète, météo, environnement, atmosphère. Compétences séparées du grand ministère de la nature.

Elle est la force de la modernité, mais en même temps sa faiblesse. Celle qui nous fait passer tout à coup de l'euphorie technologique à la perception de notre fragilité. Nous avons souvent la prétention de dicter la loi à la nature, de lire ses mystères comme un livre ouvert, et même de pouvoir être nous à la sauver, mais il suffit une quinte de toux d'un volcan qui brûle en une seconde deux cents millions d'euro pour redimensionner nos ambitions. Et pour nous rendre un peu de sens de mesure.

Ecrit par: Luis Batista

 

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