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mercredi, 16 juin 2010

La mer entre calme et orage: les métaphores de la vie

12ApostlesWallpaper2560x1440.jpgIl y a longtemps, avant même que furent contraposées comme l'aube et le soir d'un jour, l'Orient et l'Occident avaient en commun un symbole où l'homme, entre le ciel et la terre, se croyait l'un des trois. Les autre deux étaient Gaïa et Ouranos dans la tradition grecque, Purusa et Prakrit dans la tradition indienne, Tien et Ti dans la tradition chinoise. Dans toutes ces régions du monde la formule était: «Le ciel couvre, la terre soutient».


a504.jpgDe la mer rien, son inquiétude et son instabilité, même lorsque, trompeuse, elle apparaît dans son calme rêveur, nul n'en fait une métaphore apte à la stabilité cosmique, même si le rythme de la vague sur la plage pouvait dire que la régularité du retour et non l'agitation des hommes sur la terre, était la vraie scansion du temps.

Lointain, à des lumières de là, s'ouvrent des horizons au-delà de l'horizon, et donc la mer se fait symbole du «sans-frontière» qui effraye celui qui habite des terres protégées, foyers intimes, passions calmes qu'aucune joie n'a jamais fait danser, quelque douleur inabimée. La mer connaît la danse et l'abîme.

Mais qui sont ceux qui ont assez de cœur pour ceci? Les seigneurs de la terre? Les hommes de caractère?

Non, la superficie de la mer est trop pure pour leurs yeux, et eux sont trop disgracieux et avides de territoire pour prendre le large avec la simplicité du navigant qui encourage son cœur. Apprendre à connaître comment le plaisir s'entresse avec la douleur, la malédiction avec la bénédiction, la lumière du jour avec le noir de la nuit, et comme toutes les choses sont enchainées, entressées dans la mer, amoureuses sans une visible distinction, parce que l'abîme, qui sous-tend toutes les choses, veut qu'on aime le monde ainsi.

01602sandringhambeach19rk8.jpgLes lignes de la mer sont en effet, la «profondeur» de l'abîme et le «sans-frontière» de l'horizon, deux dimensions qui inquiètent l'homme du territoire incapable de vivre sans les signes du monde, mais le navigant qui ne dit pas à la douleur «disparais» et à l'amour «calme-toi». Contrairement à l'homme du territoire qui veut le monde, le navigant aspire à des choses plus lointaines, plus abyssales, plus indistinctes dans leurs frontières indiscernables, et son cœur, comme la mer, se veut soi même, comme la vague veut le retour, comme le vent veut la tempête et, comme l'abîme, il veut la profondeur.

En ce sens la mer est la métaphore du cœur comme la terre l'est de l'âme rationnelle, parce que contrairement à l'âme, qui depuis sa naissance est toujours à la recherche de protection et de salut, dans le cœur il y a cette envie de terres non encore découvertes que seulement la mer peut concéder à celui qui ne craint les «sans-frontières» ouvert de ces espaces sans but où le temps même ne connaît pas d'autre signalisation si non celle offerte par la lumière et par le noir: la lumière de midi qui raye toutes les ombres et le noir de la nuit où la lune répand son rayon seulement pour duper avec les ombres.

3485810433_fa85e3b812_o.jpgLe sens du monde se renverse et l'incalculable, qui sur la terre inspire de la crainte, devient métaphore du cœur forcé à ne pas avoir confiance ni du calme rêveur de l'eau, ni de son sombrement orageux pour ensuite s'élever, lorsque la côte disparait et l'espace et le temps apparaissent dans leur absolu. Ici et seulement ici, pas derrière la haie du col de l'ermo, apparaît combien peut être épouvantable l'infini, et avec l'infini combien est épouvantable la liberté rêvée avant que la dernière chaîne ne nous dénoue de la terre, maintenant qu'il n'existe plus aucune terre, mais seulement le plus assoiffé des éléments, le plus affamé, le plus peureux, le plus mystérieux, la mer.

Une fois les amarres larguées, l'horizon se dilate, et sa dilatation abolit comme horizon, comme point de référence, comme rencontre de la terre avec son ciel.

Et Nietzsche peut donc dire: «Nous avons laissé la terre et nous nous sommes embarqués sur le bateau! Nous avons laissé les ponts derrière nous et ce n'est pas tout! Nous avons laissé la terre derrière nous. Eh bien, petit navire! Regarde devant-toi! À tes flancs il y a l'océan: c'est vrai, il ne mugit pas toujours, parfois son étendue est comme soie et or et fait rêver de bonté. Mais il y aura des moments où tu sauras qu'il est infini et qu'il n'y a rien de plus épouvantable que l'infini. Oh, ce pauvre oiseau qui s'est senti libre et se heurte maintenant entre les parois de cette cage! Gare si tu es pris par la nostalgie de la terre, comme si là il y avait plus de liberté. Et il n'existe plus aucune terre !».

IMG_2228.JPGLa nostalgie est l'halètement du retour (nostos, en grec), ce halètement qui pousse Ulysse homérique vers Ithaca, sa terre, sa patrie, où le héros, retrouvé le thalamus sculpté dans un vieil olivier planté sur la terre, gésira pour quelques nuits, mais seulement pour communiquer à Penelope, qui pour dix ans l'avait attendu, qu'elle devra de nouveau abandonner la terre, qui à son avis apparaît uniquement comme lieu de protection et d'abri. L'homérique héros devra reprendre la mer, poussé par l'envie de connaître qui accompagnera l'Ulysse dantesque jusqu'aux colonnes d'Hercule qui marquent les frontières du monde.

Ce sont des frontières que l'Occident de l'époque dépassera avec Christophe Colomb, Vasco da Gama, Ferdinand de Magellan pour connaître certes, mais surtout pour s'enrichir et dominer. Et pendant qu'en Europe se célèbre avec abondance d'écrits et de chants l'Humanisme, outrepassé la mer qui sépare le vieux du nouveau continent, l'homme occidental rencontre les hommes de ces terres sans les reconnaître comme ses semblables et il les détruit. Que ce soit ici que commence la symbolique de notre culture qui proclame les droits humains et ne les reconnaît pas au-delà de la mer? Et là, la pensée va à ces côtes en face des nôtres, où les désespérés de la terre mettent en jeu pour la mer leur propre vie, pour avoir un espoir de vie.

sailboat-on-sunset.jpgEncore la mer, outrepassée pour être connue, outrepassée pour dominer, outrepassée pour vivre, si le naufrage n'engloutit pas l'halètement de connaissance, de domination, de vie.

«Si en moi - écrit encore Nietzsche - c'est cette envie de chercher, qui pousse les voiles vers des terres non encore découvertes, si dans le plaisir il y a un plaisir de navigant: au plus je criai jubilant: «La côte disparaît»; voilà même ma dernière chaîne est tombée, le "sans-fin" mugit autour de moi, là-bas très loin brille pour moi l'espace et le temps, allez! Courage! Vieux cœur!».

En l'éloignant de son cœur, parce que métaphore de l'instable et de l'inquiétant, les hommes de la stabilité, les occidentaux, ont fait de la mer la flaque de la terre en divisant les vagues en eaux territoriales pour délimiter même sur l'instable leurs propriétés, c'est-à-dire les signes de leurs divisions, la haine aveugle de leurs cœurs exsangues, et pour ceci méchants.

Et ainsi la mer a cessé d'offrir des terres méconnues au navigant qui encourage son cœur, parce que l'exercice que les hommes lui ont assigné est celui de délimiter des terres ennemies. Ulysse n'aurait jamais suspecté que la force de la mer, immense dans ses flots, pouvait être dépassée par la violence des cœurs invincibles dans les haines.

Ecrit par: Luis Batista


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20:41 Écrit par LuisB dans Culture, Karma, Opinion, Video | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : la mer, l'océan, navigant, la terre, métaphore, l'infini, le monde, liberté, les hommes, nietzsche | |  Facebook | | | | Pin it! |

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