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mercredi, 30 juin 2010

Les guerriers Maya et la bataille pour le gazon vert

42-15795088.jpgL'invasion commence le samedi, toujours le samedi, le mythique jour du «je peux finalement dormir jusqu'à tard». Des grappes de petits hommes sans cou sous une épaisse tignasse noire, armés d'engins rouillés, se roulent hors de leurs camionnettes usées. Ils envahissent le jardin avec la hâte des Marines pendant le débarquement en Normandie, dans la crainte d'être criblé de plomb par l'ennemi mortel, "La migra" (1), l'agence pour l'immigration, en guet-apens avec les demandes de permis de séjour qu'inévitablement ils ne possèdent pas.

Du calme bucolique réjoui par de libidineux gazouillements de volatiles à la recherche de partenaires, le printemps américain explose dans une cacophonie de guerre, entre les rugissements de compresseurs, les éclats de moteurs, les hurlements de caporaux qui poussent les réfractaires à la bataille contre l'herbe trop haute, l'arbuste impertinent, les branches pendantes.


mn_gardener071_la1.jpgCe sont eux, du Pacifique à l'Atlantique, les pauvres mercenaires de la Grande Guerre du gazon vert que les Etats Unis d'Amérique combattent pour avoir l'herbe la plus verte du quartier, les parterres plus ordonnées, les arbres mieux taillés et pour faire mourir d'envie le voisin, trop paresseux pour trimer dans son jardin ou trop pauvre pour se permettre d'engager des clandestins héritiers des grands Maya et des Inca à transpirer à sa place… logiquement payés au noir. Je hais le mysticisme gratuit du pré, cauchemar de la vie américaine, de la dépense inutile, remords du paresseux insensible aux orgasmes de rhododendrons, offensé de la puanteur de l'excrément de poulet étalé pour grossir l'herbe. Je sais que les américains n'y peuvent plus rien maintenant après des décennies et décennies cela leur est entré dans la DNA, avoir un string de petite herbe manicurée devant et un mouchoir derrière est le prix pour être américain, parce que le jardin bien tenu est un document d'identité plus valide qu'une passeport, ou la dernière des cartes de crédit sophistiquée.

42-15983931.jpgAu prix d'assumer la citoyenneté, dans les States on ne devrait pas jurer sur la Constitution, mais sur une tondeuse. On paye le prix que les esclaves des jardiniers illégaux prétendent, depuis que dans une tentative faillie d'initiative personnelle, beaucoup d'américains ont tenté de se débarasser de montagnes de feuilles sèches en brandissant une sorte de bazooka monstrueux avec remous à moteur et dans la majeure partie des cas ils finissent par prendre une terrifiante bronchite de spore ou moisissure et beaucoup d'autres se brisent (littéralement) le dos, en poussant une tondeuse à la main. Ils acceptent comme un dur devoir civique le réveil brusque dans les aubes empestées des échappements qui détruisent le mythe du bon air. Les 50 millions de familles américaines qui possèdent des maisonnettes individuelles, dépensent environ 60 milliards de dollars par an pour tendre le gazon en bonne et due forme, une somme qui ferait pleurer d'envie une nation entière comme la Grèce (et même la France).

each-blade-of-grass.jpgNombreux sont ceux qui tombent dans l'horrible «syndrome du chien», effet secondaire qui bondit lorsque les guerriers Maya et les Incas se retirent des "champs de bataille" et commence l'observation spasmodique de la fenêtre du passant avec le meilleur ami de l'homme, et le pire ennemi du gazon. Ce chien qui pour des mystérieuses raisons préfère vraiment le chiffon vert du voisin pour marquer, comme il est moderne de dire en Europe de nos jours, le territoire. Et il ajoute comme point exclamatif, après des rafales de pipis qui brûlent la fragile petite herbe, des gros tas du calibre d'artillerie navale déposés par de somptueux danois à côté de petits projectiles mortels faits par des petits chiens névrosés. Il n'y a pas de paix dans cette guerre.

42-22830569.jpgIl suffit de savoir que 80 % des habitations américaines a un morceau de jardin, pour une moyenne nationale de 12 milles mètres carrés, chiffre monstrueux en dehors de toute logique. Il n'y a pas des victoires définitives contre les agressions des chiens d'autrui, qui parfois mènent à de gaies fusillades entre voisins. L'on combat, l'on meurt, pour un fil d'herbe.

Donc chaque samedi matin lorsque je me retrouve à me réveiller dans la petite maison avec jardin que j'emploie comme pied-à-terre dans les Usa, à Cambridge dans le Massachusetts, j'éprouve une irrationnelle nostalgie pour mon deux pièces à Monza, Italie, avec le petit jardin de copropriété, comprises les réunions du syndic de copropriété. Au moins, les copropriétaires ne le font pas sur mon palier. Pas tous.

Note

1): D'habitude le terme «la migra» est employé dans des communautés de langue espagnole comme mode pour faire référence à des organismes gouvernementaux ou fonctionnaires qui appliquent les lois sur l'immigration comme l'US Immigration and Customs Enforcement and Border Patrol, ou des autorités mexicaines semblables. Le mot dérive du mot espagnol inmigración, qui se traduit pour l'immigration en langue anglaise.

Ecrit par: Luis Batista

 

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