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mercredi, 28 juillet 2010

Dans ma vie je n'ai pas confiance en un coeur sans cicatrices

42-23550425.jpgÊtre ou (ne pas) être? Ceci est le problème. La vanité dégage l'enfant, centre du monde, qui est en chacun de nous, et le besoin de centralité devient un impératif authentique. Le voici l'ego, indiscipliné comme un bébé crocodile, prêt à t'arracher en morsures la dignité, le voici qui nous remplit le cerveau. À des semblants de sourires j'ai toujours préféré les gueules boudeuses. Misérable? Oui, merveilleusement humain. La vie est toute une question de cul et vanité.


boysrugby.jpgJ'ai essayé de m'homologuer avec le monde, mais je n'y suis jamais vraiment parvenu. Et de cul j'en avais même trop, jusqu'au lycée ma maman était forcée de me coudre continuellement les pantalons pour autant de fois que je me roulais à terre pendant les batailles entre garçons ou plus encore en fréquentant les parties de rugby, et continuait ainsi jusqu'à la vie militaire où j'ai réussi à m'enfuir avec toute ma peau de situations pas toujours faciles. Mais, apparemment, cela ne suffisait pas. Un jour d'il y a quelques années, je vois une interview de Kurt Cobain vêtu en princesse avec un habit jaune canari et je reste foudroyé. Et je ne peux que me demander qu'est-ce qui brille vraiment dans l'être? Quel est le moteur du désir? Qu'est ce qui attrait mon attention et me force à ne pas détourner le regard?

42-17376991.jpgJe me promenais dans Milan, et hors d'un misérable bar je vois une femme encore plus misérable, obèse, qui portait une minijupe qui la serrait comme un boudin. Au dessus elle portait un t-shirt serré, de deux tailles trop petit, et le ventre, en trois rouleaux de graisse débordait fier et obscène entre l'horizon de la minijupe et celui du tricot. Elle transpirait comme un mois d'août en proie à une fièvre de choléra. Elle dansait dans la rue en se poussant contre les passants. Les cheveux blonds avec repousse. Finalement je la vois de face. Les lèvres badigeonnées de rouge à lèvres rose, les yeux au contour noir et sur les paupières deux demi-lunes bleues, elle ouvre la bouche pour ingurgiter une gorgée de bière, il lui manque les deux dents de devant.

Horrible, tellement horrible que j'en reste fasciné. Qu'est qui m'attirait de cet être abominable? Pourquoi les filles qui me passent à côté, maigres, parfaites, vêtues avec les justes robes, la frange, les lunettes et les chaussures assorties au sac à main ne me font pas le même effet? Possible qu'un monstre mal vêtu me plaise plus qu'une bombe à la dernière mode? Le risque.

Le risque, voilà qu'est-ce qui m'attire. L'enjeu du monstre est incomparable à l'enjeu des centaines de bombes qui se promènent sur les canaux milanais (1). Si tu ne te démasques pas, si tu ne perds pas la face, si tu ne risques pas ce que tu es, alors tu n'es pas. L'être n'est pas nécessaire à l'être, sans être ce que l'on est! Mais se risquer soi même est très difficile, parce qu'on nous imagine toujours différents de ce que l'on est vraiment. Le premier pas pour rejoindre l'authenticité est celui de dégonder chaque projection, vivre comme si tes parents étaient morts, et ne pourraient plus te juger.

42-21991975.jpgÀ force de nous penser meilleurs de ce que nous sommes, nous risquons de le devenir, et ce n'est jamais une bonne chose. Il est nécessaire de faire les comptes avec sa hauteur morale, pour autant qu'elle soit basse, seulement à ce moment là, tu peux risquer ton cul. A vingt ans j'étais convaincu, et au fond, je n'ai encore aujourd'hui pas bien compris le pourquoi, d'être maigre, blond, ephèbe, une espèce de Leonardo DiCaprio de noantri, jusqu'à ce qu'une très chère amie, merçi Sara, ne m'ait dit, mais tu arrêtes de bouger comme si tu étais un faon, tu es ridicule, comporte-toi pour ce que tu es, un sanglier.

Bordel, c'est vrai, ai-je pensé. Depuis ce jour ma vie a changé. J'ai redressé le poil, poli les défenses, pris la charge, et à fond à toute vitesse, la nuit, dans le bois de mes désirs! J'ai sauté un bordel. Mais aucune histoire ne me satisfaisait. Alors j'ai compris que même mes désirs étaient hors feu. C'étaient les désirs de quelu'un d'autre, de cet autre moi meilleur, que je m'étais construit. Et il est très dangereux de désirer quelque chose de faux, tu risques que le désir se confirme. Et après tant de fatigue et de sueur, finalement tu vas t'accoupler… Et tu comprends que tu n'en avais rien à foutre, tu comprends de t'être trompé. C'est dévastant.

Pour reconnaître l'authenticité d'un désir, tu dois trouver le coeur de ce désir, comprendre ce qu'est pour toi ce désir, en somme, tu dois le mettre à l'épreuve, le désir. Ainsi, lorsqu'il y a quelques années j'ai participé au récit théâtral de «The Tragical History of Hamlet, Prince of Denmark» et avant de jouer Hamlet, je l'ai mis à l'épreuve. L'idée d'Hamlet qu'on nous inculque à l'école me dégoutait. Un gamin blond, maigre, émacié, sensible, maladif, incertain de tout et de tous, qui se fait des scrupules sur l'existence… Quelle branlette mentale.

Hamlet2009-022w.jpgC'était février, et à Monza, une ville à environ 15km de Milan, il pleuvait, et entre un vidéo de YouPorn et l'autre, voilà que me vient en mémoire une image. Hamlet enfant, dans le noir se réveille, ouvre grand les yeux, et effrayé, entre des tonnerres et des éclairs, il descend du lit, traverse en courant les salons du château, et de couloirs en couloirs il arrive devant la chambre de ses parents, la porte est entrouverte, et la lumière des bougies encore allumées chauffe l'esprit du petit prince, il allait entrer, mais en regardant par la porte de la chambre il reste pétrifié, la maman et le papa nus, gras, au milieu de tant d'amis, s'embrassent, sourient, se perdent, entre corps à corps, il reconnaît les palefreniers, les servantes de sa maman, les cousins et les cousines, les esclaves et les soldats… Peut-être avaient-ils peur de l'orage, eux aussi, ou de rester tout seuls dans leurs chambres? Mon oeuil oui, peur de l'orage, ceci était bel et bien une orgie! Le voici mon Hamlet. Bien différent de maigre ou émacié… Les rois en ce temps là mangeaient comme des hérissons.

RJ003159.jpgC'étaient les kilos à faire la différence entre les riches et les pauvres. Hamlet avait du ventre, et il n'était pas du tout un saint, le vice était à la base de chaque famille royale, et un fils de Roi, sait bien que la probabilité de mourir par mort violente est très élevée. Rarement, la couronne passe tranquillement de père en fils. Il est impossible qu'Hamlet soit scandalisé par une mère salope et un oncle plus porc qu'un porc. Et alors pourquoi ne venge-il pas son père en tuant l'oncle époux de sa mère? Hamlet est le premier rôle dans l'histoire du théatre à comprendre d'être un rôle, un personnage, il n'est pas patron de soi-même, il peut seulement suivre les empreintes du destin qui le manoeuvre. Hamlet est l'être humain esclave de son masque. Ce serait comme si je me réveillais un jour et je comprenais que ma mère n'est pas vraiment ma mère, mais un acteur qui interprète ma mère, un acteur ignare de le faire, et chaque amour est une récitation, et chaque jour je perds mon père, ma mère épouse mon oncle, et je tue celui qui aurait du être mon beau-père, Polonio, sa fille Ofelia, mon amour, devient folle et se noie, alors je tue aussi son frère, et à la fin ma mère meurt empoisonnée, et l'on m'embroche avec une épée…

42-19976460.jpgCa suffit, depuis 400 ans  je me mets en scène, je récite ma mort, ça suffit! Alors qu'il n'y a pas de fond à cette précipitation d'évènements. Demain soir, à la même heure, je revivrai tout de nouveau. Et pour combien moi-Hamlet cherche à me rebeller, il n'y a pas d'échappatoire. Nous sommes des rats, des rats enfermés dans des pièges et même si quelques rats semble-t'il mangent plus de fromage, c'est seulement un rat avec une couronne, mais les rats avec une couronne font rire les chats. Nous sommes tous vendus. Mais comme disait Carmelo Bene (acteur, dramaturge et réalisateur italien, décédé en 2002), il est facile et inutile de se donner des tâches difficiles, il est fondamental de se donner des tâches impossibles. Et l'impossible ne dépend jamais du risque de la faillite. Et le risque ne peut être feint. Voilà pourquoi les acteurs qui récitent me dégoûtent, établis dans les justes pauses et dans les tons devinés, ils sont comme les bombes bien habillées sur les canaux, mais fâdes comme des escargots sans coquille. On ne peut pas simuler un salto mortale.

42-24865870.jpgMaintenant j'ai compris que je dois moi aussi aller sur le fil, et risquer de tomber et me casser le cou. Le risque je dois le trouver en moi. Devenir un funambule avec les émotions, marcher sur le fil de la folie, avec le risque de tomber et de me faire mal, vraiment mal. Seulement dans la vérité on peut donner chair, sueur et sang aux rêves. Et seulement en risquant d'être soi mêmes on peut être vivant! Pour être bref, je n'ai jamais confiance en un coeur sans genoux épluchés, ou sans cicatrices sur le visage. Hamlet cherche de réveiller son amour, Ofelia, à cette conscience, cherche de réveiller tous les autres personnages à la conscience de cette vision, mais il passe pour un fou. Eh, je veux bien le croire!


Hamlet
Caricato da BBCfanable

Note

  1. Système de canaux d'irrigation et navigables, avec point central à Milan.

Ecrit par: Luis Batista

 

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00:07 Écrit par LuisB dans Karma, Opinion, Video, Vie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hamlet, l'ego, risque, désir, vanité, coeur, rêves, émotions, destin, karma, conviction | |  Facebook | | | | Pin it! |

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