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mercredi, 08 septembre 2010

Mon intimité digitale

42-25460409.jpgDans notre vie de colocataires du monde d'abord il y avait le concierge, maintenant il y a Facebook. Il y a quelques semaines, je reçois une invitation (la millionième) à m'inscrire à un groupe de discussion sur Facebook. Celle qui me l'a envoyé s'appelle Christine L.: nous nous sommes connus à Cambridge, Massachusetts, pendant les années universitaires au MIT, je l'ai fréquentée à Londres juste après le diplôme, pour ensuite la perdre de vue. Elle est toujours en voyage autour du monde d'un travail à l'autre, et c'est pareil pour moi: avec le temps même les e-mails se sont affaiblis et nôtre rapport est devenu le classique «lien neutre». Et c'était ainsi jusqu'à ce que nous nous sommes retrouvés par hasard sur Facebook.


42-25059475.jpgChristine est une personne sociable et expansive, et même en ligne elle ne se dément pas: elle a au-delà de 2 000 amis, un «mur» plein d'interventions et de commentaires, des dizaines d'albums photos qui racontent chaque déplacement ou fête à laquelle elle participe. Sans rien faire, je me retrouve ainsi à connaître Christine mieux que lorsque nous nous fréquentions dans la vie réelle: en deux clics je peux savoir qui est son fiancé, comment elle se trouve avec ses nouveaux collègues et toute une série d'autres informations que peut-être elle n'aurait jamais partagé avec moi. Elle en est consciente, mais elle ne se sent pas du tout épiée, ni ennuyée, au contraire.

Comme les autres millions d'usagers qui gèrent un profil sur le network social, elle sait se débrouiller très bien dans ce nouveau monde de l'intimité digitale. Une sorte de réalité sociale à l'énième puissance, dans laquelle on se retrouve tous dans l'insolite rôle de concierges de la vie privée de nos connaissances et à leur tour des leurs. Jeux artificiels. En réalité, avant que Facebook et MySpace réussissent à pousser des millions d'usagers à explorer le monde de l'intimité digitale, de différents services online avaient déjà préparé le terrain: rappelez vous des chat, des blogs (j'en ai plusieurs et en plusieurs langues) et ses évolutions plus récentes (Twitter, FriendFeed, Foursquare ou Youtube/Dailymotion).

42-25059619.jpgMoyens qui, finissent par produire un effet d'ambient intimacy: l'idée d'ambiance est cruciale pour comprendre la façon dans laquelle les nouvelles technologies facilitent l'intimité. Habituellement nous associons ce concept à une interaction très intense. Mais l'ambient intimacy est quelque chose de différent: il permet une proximité à laquelle on pourrait difficilement avoir accès, pour une série de raisons (par exemple la distance physique). Il va sans dire, ensuite, que partager des instants d'intimité ne se traduit pas toujours dans la capacité de donner vie à des relations aussi profondes.

Et c'est ainsi que je tiens à diversifier les instruments de relation online: si sur Twitter j'accepte aussi des personnes que je ne connais pas, sur Facebook et Foursquare je suis plus sélectif. Ainsi j'arrive à partager un différent degré d'intimité selon l'univers dans lequel je bouge. Sur réseau à temps plein et sans filtres. Pourtant, tous les usagers ne sont pas en mesure de gérer de manière aussi sélective leur identité online: les teenagers cèdent volontiers leur vie privée sur MySpace ou Facebook: plus qu'une violation, pour eux il s'agit d'une gratification. Ainsi, contrairement aux adultes qui commencent à s'exposer timidement en ligne, pour les nouvelles générations les medias sociaux ne constituent pas tout à fait un "autre" monde, mais simplement le moyen qui leur permet de participer de manière active aux communautés intimes de leur pairs et ce à plein temps.

42-24445417.jpgLa chercheuse californienne Danah Boyd a mené une longue recherche sur l'amitié en ligne de plus de 800 teenagers. Il en émerge le portrait d'une génération qui non seulement utilise le network social pour développer les amitiés, mais également pour définir son propre statut, attirer l'attention et exhiber les drames. Des plus banals (qui mettre en tête dans le classement des «Top Friends» de MySpace; accepter ou refuser l'amitié d'une connaissance) à ceux plus problématiques. Comme c'était le cas pour Michael et Amy, deux jeunes de 16 et 17 ans qui, à peine fiancés, ont décidé de créer un profil sur MySpace pour partager leur relation avec leurs amis. Tout c'est bien passé, au moins jusqu'à ce que l'histoire ne finisse et ils ont du gérer de manière publique leur séparation, avec Michael qui a commencé à insulter Amy et elle a répliqué en activant un autre profil avec sa nouvelle flamme.

C'est la preuve, les medias sociaux constituent désormais une scène sur laquelle représenter les drames plus intimes et personnels et, en même temps, un lieu dans lequel ce qui d'abord était implicite et ambigu, devient explicite, en faisant naître de nouveaux standards culturels. Le prix de la convergence sociale. Un glissement souvent forcé justement par quelques aspects structurels du network social (dimension publique de la socialisation, persistance des informations partagées, présence d'audience invisibles) et qui porte à une sorte de «convergence sociale»: comme il est déjà arrivé avec les technologies, même les relations tendent à se replier en un unique chaudron dans lequel disparaissent les frontières entre intimité et pure exhibition.

42-24839165.jpgSur Facebook et MySpace les informations personnelles se retrouvent toutes mélangées dans un unique espace auquel peuvent accéder tant les personnes que l'on connait depuis longtemps que le futur employeur. Pour cette nature indistincte des amitiés sur le network social justement, une «connexion» n'a jamais la même valeur qu'une relation dans la vie réelle: Facebook présuppose que tous les Friends soient amis au même niveau, mais en réalité ce n'est pas ainsi.

Il y a un autre problème: Quelles sont les conséquences de cette information rendue publique sans qu'il y ait nécessairement réciprocité? J'ai l'impression que le flux de vie partagé en ligne produise un faux sens d'intimité entre des personnes qui en réalité ne se connaissent pas bien du tout. Si c'est vraiment ainsi, cela pourrait se révéler dévastant du point de vue émotif. La convergence technologique et celle des médias a créé une situation de surcharge informative, et même celle sociale est en train de produire un effet semblable. La profondeur de nos relations en ligne dépendra du degré d'attention que l'on réussira à dédier aux personnes plus intimes.

2320321.bin.jpgJusqu'à quel point peut-on définir "amis" les centaines de contacts que l'on a sur Facebook? C'est la question que s'est posé Hal Niedzviecki, écrivain et studieux de culture pop résidant au Canada, lorsqu'il a décidé d'organiser une fête à Toronto avec ses 700 amis de Facebook (beaucoup inconnus ou simples fans): «Une quinzaine m'a vite confirmé la présence, une 60aine m'a dit «peut-être», une centaine «non», alors que le reste a simplement ignoré l'invitation. J'ai pensé qu'au moins 20 d'entre eux seraient venus et j'étais déjà enthousiaste à l'idée de faire de nouvelles amitiés grâce à Facebook». C'est vite dit: arrivé au soir fatidique, il n'y avait même pas l'ombre d'un invité. «700 amis et se retrouver seul à boire une bière», a écrit Hal affligé et toujours plus convaincu que «dans l'ère digitale la culture pop est maintenant devenue une peep culture: personne ne s'intéresse plus aux relations dans la vie réelle, ce qui les intéresse est seulement le fait de se mettre en exposition pour obtenir de l'attention». Un mémento pour les homme-marketings des politiciens européens qui, après la victoire de Barack Obama, se sont donnés à la chasse de la génération-Facebook: les milliers d'amis actuels de Sarkozy, de Le Pen, de Berlusconi, de Zapatero et de Merkel se traduiront-ils jamais en autant de votes aux urnes?


Film Twitter : parodie film Facebook

Ecrit par: Luis Batista

 

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