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mercredi, 22 septembre 2010

Tête à tête avec mon ami Jésus

42-25208501 (1).jpgPendant une visite à Carl, un cher ami qui vit à Denver, dans le Colorado, j'ai voulu «goûter» en première personne au pouvoir de la foi évangélique du pasteur Ted Haggard. C'était un dimanche et après presque une heure de voyage en voiture, nous arrivons à destination (Carl décide de ne pas sortir du véhicule) vers une heure de l'après-midi. Dans l'auditorium de 7500 places du New Life Church, citadelle de la foi évangélique étendue sur le haut plateau de Colorado Springs, une ville qui se trouve presque au centre géographique du Colorado, dans le compté d'El Paso, couronné des Montagnes rocheuses, s'est à peine conclue la messe. Dans le Méga parking, des files de familles échangent des saluts et des sourires en allant vers les voitures.

Les teenagers restent en arrière: destination The Furnace coffehouse, dans le World prayer center adjacent à l'auditorium, pour goûter du café et des cappuccinos Starbuck's en formats inspirés aux noms de leurs pasteurs: Perkins (petit), Parsley (moyen), Haggard (grand, Ted Haggard ce n'est pas par hasard vu qu'il est le fondateur); à l'intérieur, les notes du dernier succès du "Christian Rock", des canapés et des tables basses, étagères avec des tricots aux écritures «inspirées» («eat, sleep, worship», mange, dors, prie) et les derniers livres et dvd de Pastor Ted et des divers groupes de New Life.


New Life Church.jpgIl y a un groupe pour chaque occasion: pour les jeunes qui ont perdu la juste voie, pour les jeunes couples, pour les étudiants de lycée ou de collège, pour celui qui rêve d'être le metteur en scène des concerts de Pastor Ted, de synchroniser la machine à fumée, les lumières de stade, les groupes en live. Il y a même l'équipe «Extreme makeover», chargée de faire belles les femmes des soldats qui rentrent d'Iraq. C'est le "Ne w Life", où les jeunes, précieux véhicules de propulsion idéologique et commerciale, sont courtisés avec des techniques de free-market. Où la foi fait "branché" et Jésus Christ devient l'«ami JC» («Faisons un bel applaudissement à JC !», invoque un des jeunes pasteurs qui célèbre la messe avec Haggard). Un modèle, que l'on vient étudier depuis le Pays tout entier.

241110827_NLC_Pikes_Peak.jpgLa clé de ce succès, disait-on, ce sont eux, garçons et filles: parmi les édifices en ciment, les drapeaux agités et les ruelles - New Life est mi campus mi centre commercial – l'on y circule en skateboard ou à pied, vêtus des devises de leurs «tribus» : hip-hop, preppy, sexy. New Life est le lieu où se faire des amis et où entre amis on peut jaser, flirter, mais aussi prier, sans se sentir des «ratés». Peu avant la messe une des filles du chœur se plaint d'avoir le cycle juste pendant sa lune de miel: «Tu devrais prendre la pilule Seasonale», lui conseille  une amie, «ainsi tu aurais seulement trois cycles par an!». Une version sanctifiée (pour ainsi dire) du frottement. Magnifique opération commerciale ou unique réponse à la recherche d'identité de générations sans coordonnées et avec peu d'envie de s'agenouiller sur un banc?

Une révision de l'histoire de New Life peut aider à ted_haggard_3.jpgcomprendre mieux. En 1984, Ted Haggard, alors seulement 24 ans, précédemment locataire à Baton Rouge (Louisiane), parcourait le Highway 83 avec un ami missionnaire, lorsque celui-ci lui demanda  d'accoster. «Ici tu construiras ton église», lui dit-il. Le concept tout sommé d'avant-lieu n'était pas nouveau à Colorado Springs: dans les années huit cents la ville était fleurie comme localité touristique pour les riches anglais amoureux du panorama et ensuite comme lieu de ravitaillement et de repos pour les chercheurs d'or en route vers l'Ouest. Aujourd'hui  c'est un manteau étendu sur un haut plateau à 1800 mètres au dessus du niveau de la mer: la nuit Pikes peak et les autres sommets ne sont qu'une ombre incertaine et sur les toits s'allument les yeux des enseignes.

website_008.jpgUn «Jésus» en néon se dresse auprès de la publicité du meilleur hamburger de bison (au Ted's Montana grill, propriété de Ted Turner, le magnat Cnn) et les propitiatoires «Sauvez nos troupes». Au sommet de Cheyenne mountain se profilent les antennes du Norad (le commando-sentinelle des opérations aérospatiales Usa), pas loin de là la US Air Force academy, une poignée de bases de l'aviation et Fort Carson, centre de formation de l'armée. Ce n'est pas étonnant que Pastor Ted parle par des métaphores de guerre: la sienne, dit-il, est une «spiritual warfare», une guérilla spirituelle. Et la sienne est une armée à laquelle il ne manque pas les recrues: 11 mille membres, distribués dans une structure pyramidale à la base de laquelle on trouve 1300 «cellules», ensuite sections, zones et districts.

  À ce troupeau effectif on ajoute le virtuel de 30 millions de fidèles et de 45 mille églises r egroupées dans le National Association of Evangelicals, dont Haggard est président: le principal moteur de lobbying religieux des Usa (on dit que Haggard parlait chaque lundi matin avec l'ex président George W. Bush ou son attaché). Celle de Haggard est le vox clamans du «fondamentalisme» républicain, celui qui veut bannir des écoles l'évolution second Darwin, en lui substituant la théorie de l'Intelligent design, celui qui fait les campagnes anti-avortement. «Si un fœtus est seulement un pédoncule, une anomalie cellulaire, alors il n'y a pas de problème à s'en libérer, VRAI ???», provoque Haggard, depuis son pupitre-scène. «Faux ! ! !», répond le public.

42-17255275.jpgLe nombre de congrégations «sœurs» de New Life est tel à avoir gagné à Colorado Springs le surnom du «Vatican des Evangélistes» - la liste de tous les pasteurs de l'aire remplirait un volume des Pages jaunes. Il est vrai que New Life n'est pas la méga église plus grande des Usa, ni la plus célèbre. Mais Haggard est une figure presque unique, un volcan continu d'idées caractérisées à un dogme fondamental: traiter l'Église comme un libre marché. Il a compris, par exemple, que les jeunes n'hésitent pas à éprouver des diocèses différents, comme si c'étaient des vêtements ou des fiancés, jusqu'à trouver ce qui «chausse». Dans un sondage 2002-2003 mené par le National study of youth and religion, 16% des interviewés (âge 13-17 ans) admettait cette pratique de «dégustation» diocèsale.

 NLC1L.jpgUne approche consumiste à la foi? Peut-être simple pragmatisme: celle du diocèse - et de la foi – c'est un choix important, pas nécessairement calqué sur celle des parents. La stratégie de Pastor Ted est un prosélytisme agressif, l'équivalent de la publicité comparative: «Le Dalaï Lama? C'est un brave. Mais il soutient qu'un homme juste peut renaître comme quelque chose de meilleur et un homme mauvais peut renaître comme un chien. Et qu'un bon chien peut renaître comme… un humain!». Rires du public. «Maintenant, en parlant de folie… la réincarnation n'existe pas! Tous répètent: Faux!». «Faux!», répond le groupe ponctuel.

Les jeunes volettent en suivant un motif amorti au plan, jusqu'à quelques minutes auparavant ils sautaient dans les nefs, les mains tendues vers le groupe Rock qui accompagne la première moitié de la messe, suivant le texte projeté sur les écrans géants («Seigneur, tourne les yeux sur cette génération effrayée…»). Garçons et filles, attachés pour la vie, par les mains. Pastor Ted prêche, les yeux pointés sur les notes de son ordinateur. Vingt minutes de sermon dans une fonction de deux heures: le reste est musique et annonces de cours pour l'enrichissement spirituel (100 dollars pour un séminaire sur la géographie et l'idéologie moyen-orientale).

Haggard-Larry-King_Corm-752307.jpgPastor Ted a un media adviser, comme les chefs d'État et les acteurs: dans son cas, il s'agit de sa nièce, Carolyn, parce que le succès d'autre part a son prix: prudence, suspicion, un certain élitisme. Un visage public est plus exposé aux critiques et ces derniers mois Haggard & Co. n'en ont pas attiré qu'un peu. L'on critique le prosélytisme agressif, c'est à dire la marque de fabrique: selon l'influent magazine Harper's, lorsque New Life était encore un cumul de briques et de béton, Colorado Springs était territoire du New Age - affaires de malins, second Haggard, qui n'hésita pas à entreprendre une vraie guerre psychologique, y compris les sit-in devant les maisons de présumées «sorcières» et boycottage des bars et des magasins d'alcools.

homophobechurchsign011.jpgL'on critique l'excessif matérialisme: Haggard prie pour que les pères de famille aient le bon flair en affaires et aime répéter «we are global Christians», nous sommes des chrétiens globaux, «puisque bénéficiaires des avantages de l'Occident civilisé, il est notre devoir de faire du monde un monde meilleur, en exportant nôtre modèle». Celui qui y retrouve l'écho de certaines affiches d'avant-guerre ne s'étonnera pas de savoir que Haggard passe moitié de son sermon à commenter la situation en Palestine, Corée, Afghanistan, Russie et Inde. Du point de vue des teenagers, peut-être, peu importe: valent les embrassades, le sens d'une famille élargie qui se plie à leurs besoins et n'annule pas leur individualité, où exercer la foi ne comporte pas la perte de la crédibilité sociale, la musique.

Pour cela justement, la critique plus lourde à la fin semble être celle de mon ami, Carl, méthodiste, dont le frère est soldat dans les Marines («Il a fait un service dans la première Guerre du Golfe»), grands-parents émigrés d'Allemagne. En roulant vers Denver il se retourne et jette un dernier coup d'œil à la silhouette de New Life et secoue la tête: «Je ne mettrais jamais pied dans cette église là», dit-il, «elle est si grande, comment fait-on à s'y sentir à la maison? Tu as écouté deux heures de messe et tourné dans le campus, mais quelqu'un t'a-t'il demandé comment tu t'appelles?». En effet, Non.

Note: L’ex-pasteur évangélique Ted Haggard, éclaboussé par un scandale homosexuel en 2006, aurait des plans pour démarrer une nouvelle église. Haggard et sa femme Gayle ont annoncé après une conférence de presse en date du 2 juin 2010 à leur domicile à Colorado Springs qu'ils allaient créér cette nouvelle, "l'église St. James".


Imagine - John Lennon

Ecrit par: Luis Batista

 

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