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mercredi, 27 octobre 2010

La Chine - une expérience esthétique

42-20428397.jpgIl y a quelque temps, sachant que j'avais visité en long et en large le territoire de l'Empire céleste, des amis qui n'avaient jamais mis pied en Chine, me demandèrent si la Chine était belle ou pas. J'eus du mal à répondre même si, certes, la Chine est belle, même très belle. Mais je me retrouvai à expliquer cette beauté en termes absolument humains, pas du paysage: je racontai ainsi des grands monuments du passé, des rizières terrassées qui sillonnent en parfaite géométrie les flancs des montagnes et des collines comme celles non loin du fleuve Li où il y a une zone protégée par l'Unesco, qui est d'une beauté désarmante pour sa simplicité. Je racontai des campagnes cultivées où ces légers cumules que l'on voit sont les sépultures des aïeux qui ne doivent jamais ô grand jamais être profanées, pour ne pas rendre facile le chemin d'un tracteur.

Mais, je me rendais compte, que je n'avais pas répondu à la question dans le sens dans lequel elle avait été posée par mes amis qui avaient été piqués tout à coup par cette curiosité, peut-être parce que fatigués d'entendre parler de Chine, uniquement en termes d'économie, de développement et de concurrence.


GreatWall010.jpgIls n'étaient pas satisfaits des informations que l'on trouve sur les textes de géographie, textes arides qui cependant sont les uniques, du moins pour ce que je sais, à offrir des descriptions physiques de ce pays. Mais déjà dire pays en se référant à la Chine a peu de sens, il vaut mieux dire de cette civilisation. Et alors, comme fait-on à décrire physiquement une civilisation? Même les textes de géographie, lorsqu'ils affrontent la Chine, l'affrontent en termes humains, comme si cette terre ne pouvait vraiment pas être conçue inhabitée, c'est-à-dire inhabitée ce ne serait pas la Chine, un pays qui a été fait à la main par des hommes qui d'abord n'étaient pas des sapientes mais le sont devenus par la suite, de façon que le lien entre homme et terre est là, plus qu'ailleurs, indissoluble.

Le romancier, historique, poète et biographe britannique Robert Payne l'a bien exprimé lorsque il a écrit que les chinois sont un peuple dont les cendres sont tellement fragmentées avec la terre qu'ils constituent, peut-être, la seule nation qui ne se sent pas étrangère à la matérialité de la terre, à tel point que même les montagnes, les fleuves et les déserts ne sont jamais que des présences physiques mais des dilatations de l'esprit humain. Toutefois, mes amis qui n'avaient jamais été en Chine qui me demandaient si la Chine était belle, en réalité s'attendaient une réponse en harmonie avec notre conception romantique du paysage naturel, cette conception que les voyageurs locaux ont introduit dans les années sept cents, lorsque voyager signifiait escalader des sommets non pollués, pénétrer dans des forêts ténébreuses, aux prises avec la pleine force des eaux d'un fleuve, conquérir en somme une vue, éprouver une émotion jamais éprouvée par personne auparavant.

La nature devait être vierge pour être dévoilée: elle devait être sauvage pour valoir la peine d'en essayer sa conquête. En outre, l'«envie de nature», en Europe, était envie d'expériences de contraste par rapport à la vie urbaine, elle était avant tout une métaphore culturelle et politique. En somme, chez nous, nature et culture étaient posées en contraste et l'on s'inventait une nature qu'il n'y avait pas avant, ou plutôt elle y était, mais elle n'était pas perçue comme environnement régénérant et comme «paysage esthétique». Lorsque le romantisme triompha l'on eut également le triomphe de la nature vue comme paysage pittoresque, tel à provoquer des émotions dans le vagabondage; un vagabondage qui, en chemin, a subi une grande métamorphose, il est devenu le touriste de nos jours, en ayant été d'abord missionnaire, explorateur, anthropologue, aventurier.

91gft27aei32.jpgVoilà, finalement j'avais compris: la question de mes amis qui voulaient savoir si la Chine était belle ou pas, était une question de touristes. Dans chaque touriste couve un romantique, un homme qui a le désir «de se perdre» pour ensuite se régénérer. Mais que signifie «se perdre»? Disons que cela signifie ne plus être en mesure de s'orienter parce que s'orienter, dans son sens plus vaste et originaire, est une activité de connaissance des lieux et d'organisation de ceux-ci dans une trame de références visibles ou pas. La question de mes amis exigeait une réponse sur la beauté de la Chine qui devait absolument posséder des paysages «pittoresques et exotiques»: ils le savaient déjà, ils les avaient déjà en tête ces paysages. Mais que signifie «pittoresque et exotique»? J'étais incapable de répondre dans ces termes parce qu'incapable de voir et donc de décrire la Chine avec des yeux occidentaux, c'est-à-dire des yeux qui ont déjà imprimé dans la rétine le «pittoresque et exotique».

Je ne m'en vante pas, tout simplement il s'agit de concepts étrangers à la culture chinoise, ils ne rentrent pas dans la trame de références de cette culture. Donc je tenterai de donner une coordonnée «pour ne pas se perdre» dans le paysage chinois. Les coordonnées sont évidemment culturelles, sauf que pour décrire cette variété de paysages, les subsides sont insuffisants et non pas parce que les chinois n'aiment pas la nature mais parce qu'ils l'entendent comme culture, non pas comme lieu du sauvage, et ainsi dans leur conception il n'y a aucun «bon sauvage»: pour eux, "bon" est seulement l'homme civilisé, c'est pour cela que soit la littérature soit les arts plastiques ont toujours un lien humain, il y a toujours un homme ou un appel à l'homme dans un poème ou dans une peinture.

10090511039d381dfffd15a7ac.jpgDepuis toujours, le paysage a été en Chine un lieu privilégié de communion esthétique avec la nature mais l'anxiété à la dominer est très rare, plutôt, dans cette nature qui a déjà été méticuleusement humanisée, c'est-à-dire domestiquée, l'on se situe en contemplation, l'on se confond en osmose. La nature hostile, règne de l'inconnu, terrorise. Peut-être la poésie nous aide à découvrir comment la vision traditionnelle d'une terre de plaines alluviales intensément cultivées, interrompues ici et là de montagnes spectaculaires ou de collines méticuleusement terrassées, même en étant l'environnement dans lequel se place la plupart de la population chinoise, ce n'est pas dit que ce soit le lieu privilégié de communion spirituelle avec la nature. Toutefois, dit ainsi, c'est trop simple: en réalité en Chine le macrocosme se reproduit dans de nombreux microcosmes, c'est-à-dire le monde dans sa totalité non seulement apparaît représenté mais il est réellement présent dans n'importe quelle aire délimitée rituellement.

Ainsi la culture chinoise a privilégié, par rapport au grand paysage, le paysage en miniature, en arrivant à élaborer une esthétique toute particulière du «paysage en bassin», dont la création donne concours des intentions soit artistiques soit philosophiques. En observant un de ces «paysages en bassin» ou un «jardin en miniature», si on a une sensibilité esthétique chinoise, donc si on est chinois, on éprouve la même émotion que l'on éprouverait si l'on contemplait un paysage à grandeur nature. La sensibilité chinoise préfère l'artificiel au naturel et, parmi les scénarios naturels, il privilégie ceux dans lesquels la nature s'est involontairement comportée comme un maître jardinier, dosant avec art involontairement savant de fleurs, plantes, montagnes et eaux.

1252851267253aznbox234d.jpgNombreux sont les lieux canonisés par le paysage chanté par les poètes ou immortalisé par les peintres, dont la vue embrasse sur des scénarios suggestifs: l'on a comme la sensation que le paysage même s'élève à dignité divine, des temples lui étant dédiés, des pavillons et des inscriptions en vers qui l'honorent et le célèbrent. Ici le pèlerin chinois qui appartient à une culture pratique et la rationaliste, se concède finalement des évasions mystiques: il s'anéantit, ou bien il se perd, dans le paysage naturel. Mais le frisson de la perdition est momentané, se retrouver n'est pas difficile dans un environnement qui est complètement marqué par l'homme. Shan-Shuei, c'est-à-dire eaux et montagnes, deux idéogrammes unis qui en chinois signifient «paysage»: lao shan-shuei, c'est-à-dire vieux d'eaux et de montagnes, trois idéogrammes pour dire voyageur ou vagabond. C'est une définition indéfinie: eaux et montagnes, le paysage naturel reste inchangé mais variable selon les saisons, l'heure, le soleil, la pluie, l'ascension de brouillards subtils, l'épaississement de nuages au sommet d'un pic.

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Ceci est le paysage chinois que la peinture cultivée a toujours exalté dans le chef-d'œuvre ou devenu stéréotype dans le maniérisme. Un paysage où l'homme est toujours là, même si souvent on a du mal à le trouver parce qu'il arrive que ce soit un point presque indiscernable aux pieds d'une roche qui le domine; ou bien on le devine perdu en éloignement dans le courant d'un fleuve, sur un bateau qui est une brindille, un rien. Le point "homme" n'apparaît jamais comme antagoniste du paysage mais comme une partie harmonieuse, soit-elle minimale, de l'entier. Parce que, sans l'homme, qui pourrait jamais dire que c'est un paysage?


Una favola d’amore cinese
Caricato da LuisB

Ecrit par: Luis Batista

 

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19:36 Écrit par LuisB dans Culture, Opinion, Video, Vie, Voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chine, culture, empire céleste, paysage, tourisme, esthétique, voyage, opinion, humanité, géographie, civilisation | |  Facebook | | | | Pin it! |

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