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mercredi, 03 novembre 2010

Les amours éternels et ceux précaires

love-wallpaper-32.JPGTant de fois je me suis demandé lorsque je dis «je t'aime» qu'est-ce que je dis précisément? Et surtout qui parle? Mon désir, mes idéalisations, ma dépendance, mon excès, ma folie? Et comment se transforme ce mot quand le désir se sature, les idéalisations déçoivent, la dépendance s'émancipe, l'excès se réduit, la folie s'éteint?

Il n'y a de mot plus équivoque que «amour» et plus tressée à tous ces autres mots qui, pour la logique, sont sa négation.


42-19460596.jpgNous tous, qui plus qui moins, avons fait l'expérience que l'amour se nourrit de nouveauté, de mystère et de danger et a comme ennemis le temps, la quotidienneté et la familiarité. L'amour naît de l'idéalisation de la personne aimée dont nous tombons amoureux pour un enchantement de la fantaisie, mais ensuite, le temps qui joue en faveur de la réalité, produit le désenchantement et se transforme.

L'amour en une affection dépourvue de passion ou dans l'amertume de la désillusion. Ici Sigmund Freud nous pose une question: «Combien de bonheur troquons-nous en échange de sécurité?». Combien de changements de l'autre ignorons-nous pour nous garantir un partenaire prévisible? L'amour tue le désir. Et puisque d'une certaine façon nous le savons, n'est-ce pas rare que nous transformions en habitude les personnes que nous aimons, et, à travers cette dégénérescence protectrice, garantissons la sécurité de la maison et nous défendons de la vulnérabilité intrinsèque de l'amour.

Les caractéristiques adorées de l'autre personne, qu'il fut un temps nous avaient fait tomber amoureux, peuvent même ne pas être tout à fait illusoires, mais puisque perdre qui est «unique au monde» est beaucoup plus douloureux que perdre n'importe qui, de l'idéalisation d'habitude l'on se défend soit en rompant la relation après la première rencontre ou en s'agrippant aux imperfections et aux défauts du partenaire pour tenir à distance la fascination.

42-24696159.jpgVaut-il mieux éteindre vite une étoile ou offusquer sa lumière, plutôt que courir le risque que cette étoile ne brille pas pour nous? Frissons oui, mais frissons sûrs. On entend dire qu'en amour, désir d'un coté et idéalisation de l'autre jouent contre le «sain réalisme» qui peut-être, en plus de ne pas être plus réel des désirs et des idéalisations qui incendient nos passions, c'est seulement la dernière illusion que nous construisons pour nous défendre d'avance des désillusions.

Mais dans les régions, habitées de la prudence échangée pour «examen de réalité», il n'est pas donné rencontrer les maisons d'Amour.

Et alors il est beaucoup plus vrai dire: «Je te hais parce que je t'aime. Je te dénigre pour pouvoir continuer la cohabitation avec toi». La haine est-elle vraiment la compagne inévitable de l'amour? Si nous jetons un œil dans nos esprits, où se vérifient la plupart des crimes passionnels, il semble que les choses aillent vraiment ainsi.

En effet il n'y a personne qui n'ait pas éprouvé un profond soulagement lorsque l'amour survit à la première dispute au dernier sang. Au contraire, d'habitude dans ces cas «on fait l'amour», presque pour en célébrer la profondeur et la résistance que l'on n'aurait pas pu vérifier d'une autre façon. Il semble donc que la haine soit le compagnon inévitable de l'amour, la survie duquel ne dépend peut-être pas tant de la capacité d'éviter.

4975acdbbcde9.jpgL'agressivité, autant que la capacité de la vivre et de la dépasser au nom de l'amour. Mais il y a aussi celui qui ne résiste pas au jeu fort de l'amour et de la haine parce que, à un certain moment du parcours, l'amour pour lui-même conflit avec l'amour pour l'autre. Dans ce cas l'on n'éprouve pas d'agressivité, mais tout au plus de l'«ambivalence», donc d'un coté nous voulons être avec l'autre, mais en même temps, pour sauver notre individualité, nous voulons ne pas y être complètement. D'ici cet "y être et ne pas y être", ce "se poursuivre et trahir", qui fait partie de la relation amoureuse.

Parce que l'amour est une «relation», et non pas une «fusion». Dans le voyage que l'on entreprend hors de «nous» et qui compte sur «nous», c'est le «nous» qui se trahit, jamais le «tu». Ce que l'on impute au traître c'est être devenu différent et de bouger non plus en syntonie, mais tout seul. Seulement si l'on accepte le changement de l'autre et qu'on l'accueille comme un défi à se redéfinir et à redéfinir la relation, la trahison n'est plus perçue comme une trahison. Mais se redéfinir est difficile autant qu'accepter le changement.

42-26255686.jpgC'est pour cela que les voies les plus battues sont celles de la fidélité, ou en alternative celles de la rancune et de la vengeance.

Tout ceci arrive parce que nous avons l'habitude de penser à l'amour comme à un événement entre hommes et non pas, comme nous a enseigné Platon, à un événement entre des hommes et des dieux. Projections anthropologiques d'instincts et de pulsions que le "moi" rationnel «pâtit» et donc lit comme «autrement lui». Les dieux en effet sont en nous et leur folie nous habite. C'est pour cela que l'amour dont parle Platon n'a pas la forme d'un sentiment humain, mais celle plus inquiétante de la possession d'un dieu, c'est pour cela que ce n'est pas nôtre "moi" personnel à proférer mot, mais le dieu qui le possède.

Tout cela pour nous faire comprendre qu'en présence de l'amour, nôtre "moi" subit une délocalisation qui déplace notre réflexion, et qui nous oblige à penser à partir de l'amour, et non du "moi" qui inaugure une histoire d'amour. Amour, en effet, n'est pas quelque chose dont le "moi" dispose, mais au plus, c'est quelque chose qui dispose du "moi", quelque chose qui l'abîme, qui l'ouvre à la crise, qui l'enlève du centre de son égoïsme, de l'ordre de ses connexions, pour des rapports de tout autre genre, forme et qualité.

42-21324800.jpgC'est pour cela que le philosophe Platon érige l'amour à symbole de la condition de l'homme, jamais en possession de soi même, mais toujours déchiqueté, raison pour laquelle l'amour n'est pas seulement un événement de corps, mais la trace d'une déchirure, et donc l'incessante recherche de cette plénitude, dont chaque rapport est s ouvenir, tentative, défaite.

Donc même si dans ma vie, je rencontre des millions de corps; de ces millions je peux en désirer des centaines; mais de ces centaines j'en aime un seul.


Elton John - Your Song

Ecrit par: Luis Batista

 

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15:34 Écrit par LuisB dans Karma, Opinion, Video, Vie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : amour, l'homme, égoïsme, dieux, fantaisie, désillusions, sécurité, fidélité, opinion | |  Facebook | | | | Pin it! |

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