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mercredi, 10 novembre 2010

Qu'est-ce que la foi?

42-23612457.jpgLa foi exclusive qui mène à une séparation nette entre vérité et erreur est propre à l'homme religieux. Le philosophe est ouvert au doute, est toujours en chemin; le port où il arrive est seulement une étape d'un voyage sans fin, et il faut toujours se tenir prêt pour appareiller à nouveau. Entre la recherche de l'homme de foi et celle de l'homme de raison il y a cette différence: le premier cherche ce qu'il a déjà trouvé, le second ne trouve pas, parfois, même pas ce qu'il a plus intensément cherché.


42-19441149.jpgMais ce qui n'est pas exclusivisme n'est pas nécessairement scepticisme. Si par l'exclusivisme nous entendons l'attitude pour laquelle une seule doctrine est vraie, et par le scepticisme l'attitude pour laquelle aucune doctrine est vraie, entre l'un et l'autre il y a de la place pour l'attitude selon laquelle les vraies doctrines peuvent être nombreuses.

Selon la définition peut-être plus connue que le terme, celle de Dante au Paradis (reprise, à son tour, par un passage de l'Épître aux Hébreux 11, 1) «la foi est substance de choses espérées et la preuve de celles que l'on ne peut pas voir» (24, 64-65). Cette définition synthétise heureusement la façon par laquelle la tradition théologique chrétienne s'en est venue en articulant le significatif de foi selon un axe cognitif (foi et connaissance), que d'Agostino arrive jusqu'à l'encyclique Fides et ratio de Jean Paul II. Elle n'épuise pas, d'autre part, la complexité des significations que la «foi» véhicule: et ceci, à commencer par le plus profond, que foi comme fidélité et confiance, qualité entretemps du divin et de celui qui croit dans le divin.

La piété, par exemple, qui distingue l'Enée de Virgile, est donné de la réciprocité d'un rapport de «loyauté», de «confiance», de «fidélité», en vertu desquels, les dieux maintiennent et remplissent leurs promesses si et dans la mesure où les hommes pieux se démontrent fidèles et loyaux dans leurs comparaisons. Entendu dans ces termes, le concept se réfère à l'idée d'adhésion aux pratiques, aux structures, aux obligations ou aux croyances propres d'une tradition religieuse déterminée puisque spécifique articulation de la foi même.

Cette adhésion peut se pousser soit jusqu'à l'obéissance totale, comme transcendance de l'impératif éthique, ou se donner comme attitude confidente dans le soin providentiel de la divinité. Dans le premier cas, comme le démontre l'exemple paradigmatique d'Abraham, la définition de la foi dans les termes d'une obéissance irréductible à la pure confiance ouvre l'eternel et inéludable problème de la relation qu'il y a entre foi et œuvres.

42-17437867.jpgLes versions de la foi plus théocentrique, comme il s'est produit dans la tradition théologique chrétienne qui, de Paul de l'Épître aux Romains arrive à Karl Barth, face à la possible accusation de résilier chaque lien avec la moralité, ont dû réaffirmer que «la foi sans les œuvres est morte». Dans le second cas, suivant la formulation classique de Luther, «avoir un dieu» ne signifie rien d'autre qu'avoir confiance et y croire avec tout son cœur» (Grand Catéchisme).

Beaucoup d'images du divin propres à des traditions religieuses différentes, de «roche» ou «montagne» à «mère» ou «père», représentent la conviction que «la confiance et la foi du cœur» peuvent se verser sur des tels objets parce que la divinité se serait montrée digne de la confiance de l'homme. En général, une telle attente présuppose une conception providentielle du divin, en se fondant sur sa fiabilité. Comme l'écrivit Goethe dans son autobiographie "Poésie et vérité", «la foi est un sens profond de sécurité tant en ce qui concerne le présent que le futur; et une telle certitude dérive de la familiarité».

La foi religieuse, d'autre part, contrairement à la confiance que l'on peut avoir envers ses pareils, doit se confronter avec l'interaction à l'intérieur de l'insondable volonté divine - selon les doses et les combinations qui varient avec la variation des circonstances historiques et des contextes culturels - entre mystère et fiabilité: un mystère qui reste même lorsque elle donne à se connaître, comme dans les religions monothéistes, dans les événements connus de l'histoire de l'individuel ou du peuple élu.

42-24874296.jpgAinsi dans l'islam on trouve le dicton coranique selon lequel «Dieu force celui qui veut se tromper, et à celui qui le veut il prodigue sa guide; et vous serez sûrement appelés à répondre de vos dires». Cela exprime bien la conviction du Prophète selon lequel le fidèle doit dépendre de la volonté divine sans regarder aux circonstances, et en même temps une telle dépendance n'implique pas que les résultats de ses actions ne soient pas imputables à l'homme.

À preuve de cela il y a les cinq piliers de la foi, obligations spécifiques morales et culturelles et s'il le respecte, chaque fidèle à la fin sera appelé à en donner compte.

D'une façon ou d'une autre ces différentes définitions ont à leur aval une expérience typiquement individuelle, que la pensée moderne s'est fatiguée à déchiffrer, par exemple en la définissant d'«expérience de la rencontre avec le Sacré». Ces définitions, filles de l'individualisme religieux typique de la modernité, négligent le fait que sauf dans les cas d'exception comme par exemple le mystique ou le génie religieux, en général les religions postmodernes (ou qui refusent la comparaison avec la modernité) ont modelé ces expériences selon des moules communautaires: le langage même dans lequel l'expérience de foi individuelle s'exprime dérive en de pareils cas de l'histoire de la communauté d'appartenance et souvent est lié à ses manifestations cultuelles.

42-19967708 (1).jpgOn peut au contraire affirmer que la foi, puisque culte collectif, a contribué de façon déterminante à en modeler l'histoire dans la plupart des religions, certes plus que la foi comme obéissance à un impératif ou à un commandement moral.

Il s'agit non pas d'une épave historique, mais plutôt d'un revenant et donc d'une conception avec laquelle il faut apprendre à faire les comptes, du moment qu'aujourd'hui, sur la scène publique toujours plus influencée par le pluralisme religieux, sont destinés à réciter leur part religieuse dans laquelle cette conception de foi est centrale.

Dans l'histoire du christianisme le concept de foi a connu une torsion particulière, liée à son objet caractéristique.

Sur le fond de l'expérience religieuse juive, pour laquelle la foi se présente comme l'attestation que Dieu, pour un acte libre et gratuit, est entré en relation personnelle avec son peuple, la foi chrétienne se configure comme la décision, libre et motivée, sollicitée et soutenue de la grâce du Saint Esprit, d'adhérer existentiellement et intellectuellement à la révélation pleine et définitive de Dieu en Jésus Christ.

Ce fut Paul à jeter les fondations de cette conception, en déterminant dans la résurrection de Jésus des morts le point de départ, mais aussi de l'arrivée de la foi: «Si Christ n'est pas rené, alors notre prédication est vaine et est vaine aussi notre foi» (I Cor. 15, 17). En s'opposant à la conception d'un certain judaïsme, dont il provenait, optimiste quant au pouvoir de guérison de l'effort humain et de l'efficacité des bonnes œuvres, Paul indique comme unique voie de salut celle parcourue par ceux qui, au moyen de la foi, s'ouvrent à l'action sanctifiée de Dieu en Christ crucifix et rené.

42-26030769.jpgBien vite, ce contenu, précisé et articulé, a donné lieu à des véritables crédos ou professions de foi, que l'évêque Irénée de Lyon articulera théologiquement, vers la fin du II siècle, dans la regula fidei et veritatis.

Elle synthétise le contenu de vérité de l'écriture interprétée par une église hiérarchiquement structurée, qui en fait la ligne de division contre celles qu'il considère des formes de déviance doctrinale: les hérésies. «Avoir foi», dans cette ligne qui est entrée à faire partie du patrimoine traditionnel de l'église catholique, signifie donc primairement «maintenir la foi» ainsi qu'elle est renfermée dans «le dépôt de la foi», constitué de la tradition millénaire des Pères de l'Église, des concilies et des papes, dont le Magistère en est le gardien jaloux, en plus de l'interprète privilégié.

Un significatif qui n'exclut pas d'autres significations de foi qui sont venus en formant dans l'histoire de la théologie chrétienne, mais qui, comme il en ressort clairement des prononciations répétées des hiérarchies, dans l'actuelle situation de repolitisation de la religion, risque, avec son non expedit et ses menaces, de les faire oublier.


Sting - If I Ever Lose My Faith In You

Ecrit par: Luis Batista

 

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