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mercredi, 26 janvier 2011

Les derniers mots du monde vécu

linguistique,culture,anthropologie,langues,humanité,village global,vie,le monde,la terre,videoChaque langue est un coin de monde. Et les mots ne servent pas seulement à communiquer la réalité, mais ils la créent. Parce que tout ce qui existe est dans le langage et ce qui n'est plus nommé arrête de vivre. Les idées, les émotions, les sentiments, les institutions des hommes, mais également les choses, les objets, les lieux sont en réalité des façons d'être du mot, sédimenté par le temps. Dans ce sens chaque langue est un héritage, comme disait Ferdinand de Saussure, l'inventeur de la linguistique moderne. Et chaque langue qui disparaît est un patrimoine qui se perd, un morceau d'humanité qui se tait pour toujours. 


linguistique,culture,anthropologie,langues,humanité,village global,vie,le monde,la terre,videoJustement aux idiomes en risque d'extinction ceci ne permet pas de constituer un voyage fascinant et aventureux à travers les mots que la planète risque de se laisser échapper pour toujours.

De la Sibérie aux hauts plateaux boliviens, de la Nouvelle Guinée jusqu'aux îles linguistiques de l'ouest. Celles qui risquent aujourd'hui d'être submergées par la marée montante de la globalisation et de son monolinguisme. Qui réduit les voix de la planète à une mauvaise déclinaison de l'Anglais. Un formatage de la pensée qui sacrifie les diversités au nom de l'utilité pratique. C'est le paradoxe d'aujourd'hui. Nous communiquons toujours davantage, mais les mots pour le faire diminuent. Et ainsi jour après jour beaucoup de communautés adoptent les langues dominantes en laissant mourir les natives. 

Souvent livrées simplement à la tradition orale, à un bouche à oreille millénaire que le bruit de la civilisation technologique tente de couvrir. Et ce n'est pas seulement un problème de termes, mais aussi et surtout de contenus. De tous ces savoirs, lexiques, tassonomies, sensations, histoires que nous ne connaîtrions pas autrement. Et dans ce sens le destin des langues est étroitement lié à celui des espèces, la soi-disant biodiversité.

linguistique,culture,anthropologie,langues,humanité,village global,vie,le monde,la terre,videoBeaucoup nous sont complètement inconnues, tout comme leurs noms.

Savoirs botaniques, chimiques, pharmacologiques, agricoles, techniques de chasse, de pêche disparaîtraient pour toujours avec les derniers parlants. Parce que tout n'est pas traductible. Et une langue ne vaut pas l'autre. 

Dans ce sens le fait que l'anglais soit devenu l'idiome du village global n'est pas seulement un avantage mais un problème. Ainsi disait récemment le titre d'un important service apparu sur le Herald Tribunes et dédié aux dérives linguistiques de la domination impériale américaine. Est-ce que nous sommes sûrs enfin de pouvoir faire à moins de toute cette richesse? À cette question je peux seulement répondre avec un "non" sec. Les langues en risque d'extinction doivent et peuvent être sauvées. En cherchant à en développer la valeur, le prestige, l'appeal aux yeux des parlants, mais aussi à ceux des autres.

En faisant grandir la cotation des soi-disant parlées mineures sur le marché mondial des langages. En reconnaissant à chaque langue sa vocation, une destination, une typicité. Toutes les langues ne peuvent pas dire tout à tous, mais chaqu'une peut avoir quelque chose à dire. Charles V, qui ne réussit jamais à apprendre le latin, mais en savait long sur la globalisation, vu que sur son royaume le soleil ne se couchait jamais, disait qu'on devrait parler espagnol avec Dieu, italien avec l'amante, français avec l'ami, allemand avec les soldats, anglais avec les oies, hongrois avec les chevaux et bohémien avec les diables.

linguistique,culture,anthropologie,langues,humanité,village global,vie,le monde,la terre,videoPeut-être pour sauver les idiomes à risque faut-il prendre exemple sur les natifs du Détroit de Torres, un des paradis de l'anthropologie, qui se posent le problème de rendre leur langue plus contemporaine, en créant des nouveaux mots pour traduire des termes comme "ordinateur". Un problème que, d'autre part, le français n'a lui-même pas encore résolu. En réalité pour les Papouasiens comme pour nous, le problème est le même. Quand il manque les mots, c'est la pensée qui vient à manquer.


Bassekou Kouyate & Ngoni ba - Ngoni fola

Ecrit par: Luis Batista

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