Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 27 avril 2011

La prophétie du docteur Sigmund F. entre possible et impossible

psychanalyse,sigmund freud,super-moi,homme,société,malaise psychique,opinion,videoA peine plus d'un an après le soixante-dixième anniversaire de la mort de Sigmund Freud, né Sigismund Schlomo Freud le 6 mai 1856,  il vient à se demander ce qu'il reste de sa théorie et ce qui par contre s'est révélé caduc. C'est une question légitime, mais qui vaut peut être seulement pour les sciences exactes, où des vérifications objectives et des expérimentations toujours plus approfondies permettent de valider ou invalider une théorie. La psychanalyse n'est pas une science «exacte», mais s'inscrit dans le domaine des sciences «historique - herméneutique».


psychanalyse,sigmund freud,super-moi,homme,société,malaise psychique,opinion,videoEt ceci parce que la psyché est tellement solidaire avec l'histoire au point d'être profondément traversée et modifiée par l'esprit du temps, qu'il est possible de cueillir et de décrire seulement avec l'art de l'interprétation ou, comme on préfère dire aujourd'hui, avec le travail herméneutique. Ceci explique pourquoi, à partir de Freud, on a développé autant de parcours interprétatifs, aboutis à autant de théories psychanalytiques, dont ont pris l'exemple différentes écoles. Elles ont en commun le concept de «névrose» que Freud, après avoir refusé de considérer la névrose une maladie du système nerveux comme le voulait la médicine de l'imprimerie positiviste à la mode en ce temps là, a transféré du plan «biologique» au «culturel».

Il l'a fait en définissant la névrose comme un «conflit» entre le monde des pulsions (dénommé Es par lui) et les exigences de la société (dénommée Super-moi) qui en demandent la limitation et le contrôle.

Dans cette dynamique il est possible d'apercevoir le parcours de l'humanité et son malaise que Freud condense dans ces rapides expressions: «De fait l'homme primordial allait mieux parce qu'il ignorait quelconque restriction pulsionnelle. Par contre, sa sûreté de jouir pendant longtemps de tel bonheur était très exigu. L'homme civil a troqué une partie de sa possibilité de bonheur pour un peu de sûreté».

psychanalyse,sigmund freud,super-moi,homme,société,malaise psychique,opinion,videoCette interprétation du malaise psychique, qui déplace la lecture de la souffrance du plan biologique au plan culturel, est la grande découverte de Freud, toujours à la base des théories psychanalytiques successives qui, pour autant qu'elles soient différentes entre elles, refusent de trouver les explications de la souffrance psychique exclusivement dans le fond biologique de l'organisme.

À cette intuition Freud y est arrivé grâce à sa fréquentation assidue de la philosophie et en particulier de celle d'Arthur Schopenhauer, que Freud considère son «précurseur»: «Beaucoup de philosophes peuvent être cités comme précurseurs, et surtout Schopenhauer, dont la «volonté inconsciente» peut être assimilée aux pulsions psychiques dont parlent les psychanalyses». Selon Schopenhauer, en effet, chaqu'un de nous est habité d'une double subjectivité: la «subjectivité de l'espèce» qui emploie les individus pour ses intérêts qui sont ensuite ceux de sa conservation, et la «subjectivité de l'individu» que l'on leurre de dessiner un monde sur la base de ses projets, qui ne sont autre que des illusions pour vivre, sans voir qu'à cadencer le rythme de la vie sont les exigences inmodificables de l'espèce.

Cette double subjectivité est codifiée par la psychanalyse avec les mots «moi» et « inconscient». Dans l'inconscient il faut distinguer un inconscient «pulsionnel» où trouvent expression les exigences de l'espèce, et un inconscient «superégoique» où se déposent et s'intériorisent les exigences de la société.

psychanalyse,sigmund freud,super-moi,homme,société,malaise psychique,opinion,videoCe sont des exigences du genre sexuel, sans laquelle sa perpétuation ne serait pas garantie, et l'agressivité qui sert pour la défense de la progéniture. Ces deux pulsions, parce qu'elles sont au service de l'espèce justement, le "moi" les subit, il les souffre, et deviennent donc ses «passions», que la société, pour sauvegarder soi même, demande de contenir, dans leur expression, dans certaines limites.

Entre les exigences de l'espèce (Es ou inconscient pulsionnel) et les exigences de la société (Super-moi ou inconscient social) il y a nôtre "moi", notre partie consciente, qui rejoint son équilibre en donnant une satisfaction adéquate et limée à ces exigences contrastantes, dont la force peut fêler l'équilibre du "moi" (et dans ce cas nous avons la névrose) ou même peut dissoudre le "moi" en supprimant chaque espace de médiation entre les deux forces en conflit, et alors nous avons la psychose ou la folie. La psychanalyse, qui pour soigner a besoin de l'alliance du "moi", peut opérer seulement avec la névrose, en arrangeant les fêlures du "moi", alors qu'il est impuissant avec la psychose, où inconscient pulsionnel et inconscient social se battent corps à corps, sans un espace de médiation.

Mais justement parce que la psyché est «historique» et donc muet avec le temps, on ne peut pas être fidèle à cette grande intuition de Freud, sinon en dépassant Freud, parce que son concept de névrose s'inscrit à une «société de la discipline» où la névrose est conçue comme un «conflit» entre le désir qui veut déferler la règle et la règle qui tend à interdire le désir. Aujourd'hui la société de la discipline est dépassée, substituée par la «société de l'efficacité» où la contraposition entre «le permis et l'interdit» a laissé la place à une contraposition bien plus déchirante que celle entre «le possible et l'impossible».

psychanalyse,sigmund freud,super-moi,homme,société,malaise psychique,opinion,videoQue signifie tout ceci aux effets de la souffrance psychique? Cela signifie, comme opportunément observe le sociologue Alain Ehrenberg dans «La fatigue d'être soi: dépression et société», qui dans le rapport entre individu et société, la mesure de l'individu idéal ne peut plus être donnée par la douceur de caractère et l'obéissance disciplinaire, mais de l'initiative, du projet, de la motivation, des résultats qu'on est en mesure d'obtenir dans sa plus grande expression. L'individu n'est plus réglé par un ordre extérieur, par une conformité à la loi, dont l'infraction engendre des sentiments de culpabilité, mais doit faire appel à ses ressources internes, à ses compétences mentales, pour rejoindre ces résultats à partir desquels il sera évalué.

De cette façon, depuis les années Soixante-dix, le malaise psychique a changé radicalement de forme: non plus le «conflit névrosé entre règle et transgression» avec un conséquent sentiment de culpabilité mais, dans un scénario social où il n'y a plus règles parce que tout est possible, la souffrance cause un «sens d'insuffisance» pour ce que l'on pourrait faire et ce que l'on n'est pas en mesure de faire, ou on ne réussit pas à faire en second lieu les attentes d'autrui, à partir desquelles, chaqu'un mesure la valeur de soi même. Pour effet de ce changement, Ehrenberg écrit: La figure du sujet en sort en grande partie modifiée. Le problème de l'action n'est pas: «ai-je le droit de l'accomplir?» mais: «suis-je en mesure de l''accomplir?». Où une faillite dans cette compétition généralisée, typique de notre société, équivaut à une exclusion sociale non trop masquée.

psychanalyse,sigmund freud,super-moi,homme,société,malaise psychique,opinion,videoDu reste déjà Freud, en considérant les demandes que la société exigeait des singuliers individus, en Das Unbehagen in der Kultur (Malaise dans la civilisation) se demandait: «Le diagnostic que quelques civilisations, ou époques civiles, et peut-être tout le genre humain, sont devenues «névrosés» pour effet de leur même force de civilisation n'est-il pas licite? [...] Par conséquent je n'éprouve pas d'indignation lorsque j'entends que, considérés les buts auxquels tendent nos efforts vers la civilisation et les moyens employés pour les rejoindre, il retient que le jeu ne vaille pas la chandelle et que l'hésitation ne puisse pas être pour l'individuel autre qu'intolérable».

À la question initiale: que reste-t-il de Freud à soixante-dix ans de sa mort? Je réponds: l'avoir soustrait la malaise psychique à la simple lecture biologique, l'avoir placé sur le plan culturel, l'avoir pressenti pour effet de cette emplacement que le malaise psychique se modifie d'époque en époque, où la tâche de la psychanalyse, plus que se tortiller dans les différentes dénominations des névroses, est celui de déterminer les modifications culturelles qui caractérisent les différentes époques, que tant de répercussion ont sur la modalité de tomber malade «nerveusement».

Ecrit par: Luis Batista

 

QR-Code de l'article: La prophétie du docteur Sigmund F. entre possible et impossible.

qrcode

Générateur de QR Code / Support et FAQ

 

 

Disclaimer

Adverbum ne représente pas une publication journalistique et est ajourné sans aucune périodicité.

L'auteur du blog n'est pas responsable du contenu des commentaires au post, ni du contenu des sites y reliés.

Quelques images et le matériel multimédia en général insérés dans ce blog sont tirés d'internet et, par conséquent, considérés de notoriété publique; au cas où leur publication violerait des éventuels droits d'auteur, il est prié de le communiquer via email et la publication sera immédiatement enlevée.

18:42 Écrit par LuisB dans Culture, Karma, Opinion, Science, Video, Vie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : psychanalyse, sigmund freud, super-moi, homme, société, malaise psychique, opinion, video | |  Facebook | | | | Pin it! |

Les commentaires sont fermés.