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mercredi, 22 juin 2011

Mon ennemi est le symbole du mal

amis,ennemi,archi-ennemi,conflit,bin laden,humanité,globalisation,terrorisme,symboles,opinion«Il n'y a pas d'amis!» criait le sage mourant. «Il n'y a pas d'ennemis!», criai-je, moi le fou vivant. Dans les langues indo-européennes innombrables sont les mots de l'hostilité, les noms de l'ennemi. Ils se laissent regrouper en grandes familles, selon si l'on se réfère au combat, à la haine, à l'être étrangers; ils contiennent d'infinies nuances de significations, ils décrivent les contrapositions les plus diverses; en complexe, ils signifient la dimension de conflit qui appartient à l'événement humain, cette faute originaire qui semble faire en sorte que pour cohabiter avec nous, les amis, l'on doive en même temps lutter pour survivre, contre les autres, contre les ennemis.


amis,ennemi,archi-ennemi,conflit,bin laden,humanité,globalisation,terrorisme,symboles,opinionCes mots nous disent que l'histoire de l'humanité est tressée de conflits, et que l'humanité ne vit pas sans ennemi, même si l'âge moderne (avec la significative exception des totalitarismes) a cherché à déplacer le tout à l'extérieur, dans la guerre entre États, et, à l'intérieur, de le déclasser en concurrent, en adversaire, en antagoniste, ou bien de le transformer en criminel, en violateur du droit positif.

On nous dit que l'image du Soi comprend celle de l'Autre, de l'Ennemi, et que notre âge global ne fait pas d'exception, même s'il introduit d'importantes variations sur le même thème.

Maintenant que l'Amérique a symboliquement vaincu son dernier Archi-ennemi - c'est-à-dire le terrorisme, dans son chef – on peut en effet pleinement évaluer combien se soient transformés la guerre et l'image de l'ennemi, si l'on compare justement la fin d'Osama bin Laden avec la fin des autres ennemis du vingtième siècle des Usa, c'est-à-dire du fascisme et du communisme, et de leurs chefs.

Le premier a été enterré sous l'avalanche apocalyptique de fer et de feu de la guerre totale qu'il a déchaînée; et ses chefs, criminalisés et exécutés, ont été incinérés (à l'exception de Mussolini) et cachés dans le secret de la terre (d'où seulement Mussolini a été arraché, après maintes années).

amis,ennemi,archi-ennemi,conflit,bin laden,humanité,globalisation,terrorisme,symboles,opinionLe deuxième, vaincu par la supériorité économique, technologique et institutionnelle de l'entier Occident, victorieux de la guerre froide, s'est évaporé après des années d'agonie, et ses ex-chefs mènent aujourd'hui des vies anonymes, oubliés de tous.

Le terrorisme est (et sera encore, bien qu'il se trouve en difficulté stratégique) non pas un ennemi de civilisation, comme le fascisme ni un ennemi de système, comme le communisme - et moins que jamais un ennemi conventionnel, comme l'étaient les États l'un pour l'autre, avant l'âge des idéologies -; c'est un ennemi biopolitique, c'est à dire une sorte de parasite qui a grandi dans la globalisation, envahissant comme lui seul peut l'être - polyvalent, mutant et imprévisible comme un virus mortel - capable d'attaquer les puissances territoriales, pour en frapper la substance vitale: les populations.

Le terrorisme est un ennemi nouveau et complexe, dans lequel tombent et se transfigurent de multiples images traditionnelles de l'ennemi. C'est un ennemi asymétrique, qui de non-Etat s'oppose aux États; et il est difficile à combattre, et à déchiffrer, puisqu'il ne peut être placé dans la dichotomie moderne entre extérieur et intérieur. En Osama bin Laden, et dans le terrorisme, se fondaient et se confondaient intérieur et extérieur, public et privé, guerre et crime.

En outre, en lui, réalité et représentation s'évanouissaient l'une dans l'autre: ennemi réel - qui se considérait tel et voulait être considéré - des «croisements», qu'il voulait chasser de la terre de l'Islam, était en même temps aussi l'ennemi absolu, théologique, des puissances occidentales, qu'il ne voulait pas seulement repousser, mais anéantir, en tuant les citoyens et en démolissant les symboles.

amis,ennemi,archi-ennemi,conflit,bin laden,humanité,globalisation,terrorisme,symboles,opinionEt donc pour ses ennemis, ses faits étaient hyper-représentés, comme ceux d'un monstre d'hyperbolique férocité; son image transperçait ainsi dans une levée de spectre omniprésent, au potentiel menaçant infini.

Bin Laden était donc un ennemi existentiel et mortel, et en même temps un ennemi fantôme. Sa dimension médiatique - qui reprenait à elle seule les peurs de notre société parcourue par mille insécurités, qui aujourd'hui danse heureuse parce qu'elle se sent moins menacée - était autant offensantes que la dimension matérielle: c'est pour cela que son meurtre a dû impliquer l'élimination de son image à travers la disparition de son corps, dispersé dans la mer, dans un espace mobile et global qui le déglutit et l'efface.

En Bin Laden se sont sommées, mais aussi confondues et modifiées, toutes les qualifications de l'ennemi: même sa connotation méritée d'«ennemi de l'humanité» ne le rend pas semblable au pirate, auquel traditionnellement elle est attribuée la définition: - qui devait être éliminé mais sans que le vainqueur ne puisse célébrer le triomphe, puisque ils étaient ennemis «illégitimes» - en effet, il n'avait pas l'esprit de vol et de hold-up. De la même façon, du partisan – une autre figure d'ennemi irrégulier - il n'avait pas l'inhérence politique ni la mesure: Bin Laden était un fanatique démesuré, précipité dans l'abîme d'une identification paranoïaque avec Dieu, dont il voulait anticiper le Jugement, en tuant tous les pécheurs. Et donc, bien que postmoderne et global, il était même archaïque et totalitaire comme un chasseur d'hérétiques - fini à son tour chassé.

amis,ennemi,archi-ennemi,conflit,bin laden,humanité,globalisation,terrorisme,symboles,opinionNous avons tendance à croire que l'histoire soit gouvernée par des forces profondes. Mais parfois elle est traînée par des individus absolument inexplicables. Et c'est le cas du Cheik qui guidait Al Qaeda. Notre Ombre, l'ennemi est peut-être une dimension infranchissable de la politique; et c'est sûr que si l'humanité globale exige un ennemi global de l'humanité, dans lequel s'additionnent toutes ses peurs, avec Bin Laden, elle l'a eu. Bien que ce ne soit pas probable, il faut souhaiter que sa mort rende à la politique, et donc même à l'ennemi, des faits plus clairs et concrets, si non plus humains.

Ecrit par: Luis Batista

 

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17:25 Écrit par LuisB dans Karma, Opinion, Paix, Politique, Religion, Vie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : amis, ennemi, archi-ennemi, conflit, bin laden, humanité, globalisation, terrorisme, symboles, opinion | |  Facebook | | | | Pin it! |

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