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mercredi, 29 juin 2011

L’histoire infinie de l'homme-machine

homme,machine,corps,corps-objet,biologie,génétique,science,psychologie,karma,videoPour la biologie et pour la génétique, nous sommes tous des mutants. Or, pour des mutants, il ne peut plus y avoir de jugement universel. Mais tout commenca avec René Descartes qui, avec un mouvement surprenant et insoupçonné, transforma notre corps en organisme, ou bien dans cette sommatoire d'organes susceptibles d'être enquêtés comme on enquête les composantes de n'importe quel machine.


homme,machine,corps,corps-objet,biologie,génétique,science,psychologie,karma,videoAvant que La Mettrie, en 1747, ne commence à faire circuler en Hollande son "homme machine", qui suscita un énorme scandale, ainsi que la réaction d'un gouvernement hollandais libéral qui chercha à détruire toutes les copies, heureusement en vain, un siècle avant Descartes, avait posé les prémisses pour l'objectivation du corps, pour sa réduction à une machine, parce que seulement ainsi il était possible d'inaugurer un savoir scientifique du corps qu'aujourd'hui nous reconnaissons dans le savoir médical, pour lequel, par exemple, la colère diffère de la joie seulement par une différente intensité du rythme respiratoire, du ton musculaire, de l'échange biochimique, de la pression artérielle, même si nous peinons à nous persuader que le colérique est un archicontent ou qu'un rire de joie soit identique à un rire hystérique, parce que tous les deux engagent la même aire musculaire.

Désarticulé dans ses organes réduits aux engrenages d'une machine, le corps perdît sa beauté rendue sculpturale dans la sculpture grecque, cessa d'être expression de passions, d'exaltations et de douleurs comme nous documente l'art du moyen âge et de la Renaissance, pour devenir pure anatomie qu'a dans le cadavre son modèle privilégié d'étude et de référence, pendant que la vie était délivrée à la physiologie des organes et ici reléguée, sans aucune variante qui ne soit l'altération des organes et de leur fonctionnement qui trouva sa description dans la pathologie.

homme,machine,corps,corps-objet,biologie,génétique,science,psychologie,karma,videoL'identité de chacun de nous se sépara de l'organisme ainsi décrit et se ramassa dans cette entité imprécise et difficile identification qui prit le nom de «psyché». Nacquit la psychiatrie qui prit à s'occuper de ces cas qui présentaient un «morbus sine materia», une maladie sans contrôle organique, comme le demandait la condition maintenant consolidée du corps réduit à une sommatoire d'organes.

Cette réduction fut essentielle pour la naissance de la science médicale et pour ses progrès à travers les passages qui mènèrent le savoir médical de l'étude des organes (de l'anatomie) et de leur fonctionnement (physiologie) à l'étude des molécules et des protéines (biochimie), jusqu'à l'étude des chromosomes (génétique) où avec une rigueur qui n'admet pas d'exceptions, est écrit notre destin, un temps, scruté dans les étoiles du ciel.

Mais l'effet final fut l'objectivation de nos corps, notre distance abyssale, parce que dans le corps réduit à organisme que la science décrit, je ne me reconnais pas, parce que c'est un corps qui ne me révèle pas, ne me représente pas, ne m'exprime pas. Pour autant d'efforts je fasse pour retrouver l'effet de mes vingt cigarettes journalières dans une radiographie, je ne réussirai pas à m'identifier avec le dommage produit, comme par contre je réussis lorsque je cours pour prendre un train ou lorsque je fais l'amour.

homme,machine,corps,corps-objet,biologie,génétique,science,psychologie,karma,videoIl y a en effet une différence abyssale entre le corps «vécu» et le corps «objectivé» par la science. La langue allemande appelle le premier "Leib", un mot qui a un lien de parenté avec Leben (vie) et avec Liebe (amour), et le second Körper ou Körper - ding (corps-objet).

Sur le corps réduit à une chose, se sont appliquées le neurosciences en déterminant les responsables organiques de notre bonheur et de notre tristesse, de notre capacité à aimer et de notre indifférence, de notre colère et de notre enthousiasme. L'industrie pharmaceutique s'est vite jetée sur ces découvertes, et avec elle nous tous, afin de modifier par biochimie la condition de notre existence, sans plus chercher dans les mots de l'âme, dont nous ne reconnaissons plus le langage, le récit de notre vie.

Et jusqu'ici tout bien ou tout mal selon les goûts. Mais sur le corps réduit à organisme s'est jetée aussi l'informatique à laquelle nous confions, outre les empreintes digitales, même les rétiniennes, les vocales et même les olfactives. Nous pouvons mesurer la distance qu'il y a entre nos doigts écartés, ainsi que la cadence de notre allure. L'organisme nous révèle. Et la technique peut nous enlever ce qu'il y a de plus intime, de plus privé, de plus secret que nous gardons comme référence ultime à notre identité.

homme,machine,corps,corps-objet,biologie,génétique,science,psychologie,karma,videoNous pourrions avoir des passeports qui rassemblent dans un microchip toutes ces données. Nous finirons par l'être, comme depuis toujours nous sommes, méconnus à nous mêmes, mais transparents à quiconque veuille savoir tout de nous. Notre identité devra se plier aux exigences d'identification et notre corps deviendra un mot de passe qui rend notre identité accessible à tous, capturée dans cet unique recoin que nous ne pouvons pas cacher: notre physicité.

Entre corps et technique il y a toujours eu une intrigue secrète. L'homme s'est distingué de l'animal justement pour la capacité d'augmenter les possibilités de son corps avec l'instrumentation technique, à laquelle il a conféré d'abord le renforcement de la vue, de l'ouïe, de la déambulation, ensuite la réduction de l'étendue de l'espace et du temps, donc le renforcement de la mémoire.

homme,machine,corps,corps-objet,biologie,génétique,science,psychologie,karma,videoAujourd'hui, avec les possibilités mises à disposition de l'informatique, le corps délivre à la technique également le pouvoir de contrôle qui réduit notre physicité à une superficie d'écriture, où il est possible lire notre identité maintenant sans défense. Non seulement le style de vie, non seulement notre mode de travailler et de vivre est rigoureusement conditionné par la technique, mais même notre identité est inspectée dans cette dernière frontière qui nous était restée: le secret de notre corps, aujourd'hui visualisable jusque là où nous gardons cette dernière réserve de liberté, garantie de la barrière entre l'intérieur et l'extérieur, entre le public et le privé, entre l'intime et l'extériorisé.

Dans ce retournement radical du rapport entre corps et technique, le danger n'est pas seulement dans la complète publicité de notre intimité plus secrète, mais dans l'interrogatif, difficilement éludibile, qui se demande maintenant non plus que pouvons nous faire avec la technique, mais ce que la technique peut faire pour nous.

Ecrit par: Luis Batista

 

 

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