Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 03 août 2011

Fanatismes: Si la prétention de la vérité suprême devient violence tuant la tolérance

fanatisme,patriotisme,fondamentalisme,multiculture,liberté,politique,religion,humanité,opinionDans le célèbre article «Fanatisme» de son Dictionnaire philosophique, publié en 1764, Voltaire écrivait: «Ces personnes sont persuadées que le Saint Esprit qui les envahit soit au dessus de la loi, que leur enthousiasme soit la loi unique qu'ils doivent entendre. Que répondre à un homme qui vous dit qu'il préfère obéir à Dieu que non pas aux hommes, et que, par conséquent, il est certain de mériter le ciel en vous coupant la gorge? D'habitude ce sont les méchants à guider les fanatiques, à leur mettre le poignard dans les mains. Ils ressemblent à ce Vieux de la Montagne qui, d'après ce que l'on dit, faisait savourer les joies du paradis à des imbéciles et leur promettait une éternité de ces plaisirs dont il leur avait donné goût, à condition qu'ils aillent assassiner tous ceux qu'il désignait».


fanatisme,patriotisme,fondamentalisme,multiculture,liberté,politique,religion,humanité,opinionDeux cents ans après la publication de cet article, à partir de la moitié des années 70, cela a pris forme, alors que l'humanité entrait dans ce que faute de mieux nous définissons «postmoderne» ou «postindustriel», une surprenante Revanche de Dieu, dont le 11 septembre 2001 a constitué l'expression paroxystique, mais qui en Europe a un autre nom et une autre date: le vendredi noir du 22 Juillet 2011 de la capitale norvégienne commence à 15:26 heures et a son point culminant dans l'Ile d'Utoya.

En voyant les nouvelles au journal télévisé et en lisant les quotidiens norvégiens ce qui frappe le plus sont les portraits des 76 jeunes victimes tuées qui sourient avec leurs chemises à la mode, ceux de leur génération; canoniques noms scandinaves, les Sandvik et les Jorgensen, mais aussi ceux des immigrés de la seconde génération, les Selaci et les Ahmed. Surtout des jeunes qui, en buvant et en discutant dans un camping sur une île d'un conte d'Andersen, essayaient de s'imaginer un futur: une Norvège multiculturelle et moderne. Étudiants ou peut-être au premier travail, aspirants musiciens et petits dirigeants en herbe, tous unis de la passion pour la politique, sans qu'elle se transfigure en d'aveugles idéologies. Voilà le portrait que l'on voit en parcourant les visages de cette heure triste de Spoon River nordica. Un garçon comme eux, Anders Behring Breivik, l'auteur des sanglantes attaques d'Oslo et Utoya qui par contre apparaît assombri d'un fanatisme fou et glacial, qui a essayé d'arrêter le cours de l'histoire. Il n'y arrivera pas.

fanatisme,patriotisme,fondamentalisme,multiculture,liberté,politique,religion,humanité,opinionMais de l'autre côté  de l'océan tout commença le 11 septembre 2001 à 8 heures et 49, lorsqu'un Boeing 767 de l'American Airlines frappa d'abord les Tours Jumelles, en ouvrant une artère qui glisse sous l'esprit de la nation, sous la peau du marchand pragmatique et de la tolérance multiculturelle: l'artère battante du fanatisme.

Celui qui avait décidé de frapper de cette façon obscène et flagrante l'Amérique devait savoir, ou espérer, que le diapason du fanatisme latent de la fondation de la république américaine, sous la rationalité illuministe de la Constitution, aurait vibré en accord avec le fanatisme venu de loin.

La réponse militaire de l'Administration Bush fut, paradoxalement, une tentative de donner une réponse pas forcément juste, mais rationnelle au défi de l'irrationnel terroriste.

Ce fut l'effort de ramener dans les digues du compréhensible, soit aussi violent et grossier que l'est une guerre, l'hémorragie émotive qui avait fait crier aux américains qui se croyaient immunisés de la tentation de l'irrationalité, comme le directeur du New York Times, Bill Keller: «Je n'arrive pas à croire d'être devenu moi même un faucon». Mais aujourd'hui, après neuf ans de guerre féroce et inconcluante, d'éternelles promesses de succès derrière l'angle et la ponctuelle découverte d'autres nouveaux angles derrière l'angle, la frustration produite par l'Afghanistan et l'Iraq risque de rouvrir cette blessure tamponnée, mais non suturée.

fanatisme,patriotisme,fondamentalisme,multiculture,liberté,politique,religion,humanité,opinionLes épisodes ridicules des bonimenteurs qui dans les églises de la Floride, du Kansas, du Wyoming, de l'Alabama tentent d'organiser le feu du Coran, la furibonde réponse populaire - en vain contractée de personnalités non soupçonnables d'islamisme comme Bloomberg, le maire juif de New York - pour un centre de culture islamique loin du monument du 9/11, le gag du professeur universitaire qui se fait reprendre pour You Tube alors qu'il fume une cigarette faite avec une page du Coran, seraient des épisodes folkloriques s'ils n'étaient pas le symptôme que les éternels démons qui cohabitent avec les anges de la nature américaine peuvent toujours se réveiller.

Et ils peuvent entrer en utiles et malheureux concert avec les démons qui du monde musulman veulent monopoliser l'identité islamique.

Il a été dit que les medias ont créé le monstre, mais s'ils ont eu une faute cela a juste été celle d'évoquer un monstre que l'on préfère ignorer. Le fanatisme masqué de dévotion brûle des livres quotidiennement, dans le vaste et méconnu corps de l'Amérique. Des communautés religieuses ont organisé un feu public des livres d'Harry Potter (condamnés même par l'Église Catholique) les définissant, «livres sataniques» en parfait écho avec les fatwas khomeynistes contre les versets de Salman Rushdie.

fanatisme,patriotisme,fondamentalisme,multiculture,liberté,politique,religion,humanité,opinionDans le Michigan, une foule de «chrétiens» sans dénomination, brûla dans une frénésie de jihad américaine en 2000, en même temps que les fables magiques de Rawling, le Livre des Mormons et les cassettes vidéo d'un innocent film comique de science-fiction «Coneheads». Personne ne s'occupait du Coran à ce moment là. Derrière le piteux dévotionnel, le signe de trop de communautés qui s'autoproclament «chrétiennes», qui proclament le nom de Jésus sur les pare-chocs et sur les vitres postérieures est dans la négativité, dans la haine qui porte à tuer des obstétriciens lorsqu'ils pratiquent des avortements légaux, à persécuter les «sodomites», à rêver - même à annoncer - l'Apocalypse imminente dans le choc final avec l'Antéchrist.

Dans des églises loin des rivages de la communication globale, chaque édition de la Bible qui ne soit pas celle compilée par l'Église d'Angleterre pour compte de Giacomo I Stuart en 1604 est considérée comme blasphématoire et «diabolique». Dans le Kansas, le Board of Education, le conseil scolaire élu par le peuple, avait réussi, brièvement, à substituer l'enseignement scientifique dans l'école primaire en faveur de l'étroite narration biblique littéraire de la nature. Et si les Pères Fondateurs voulurent insérer dans la Constitution, comme premier amendement, le principe second lequel le Parlement n'aurait jamais pu faire de lois qui établiraient une «religion d'État» c'est parce qu'ils savaient bien quelle charge de fanatisme exclusiviste avaient apporté en Europe les pèlerins et surtout les calvinistes Puritains. Les fidèles débarqués de l'Océan n'étaient pas venus chercher la liberté religieuse pour tous, mais la liberté religieuse pour eux mêmes et pour leurs cultes. Prêts à exorciser le démon en mettant à mort les accusés d'association au méchant.

fanatisme,patriotisme,fondamentalisme,multiculture,liberté,politique,religion,humanité,opinionDans le duel entre les anges et les démons de l'histoire et de la nature américaine, spécialement vive dans une culture qui ne connaît pas le cynisme et le scepticisme de la Vieille Europe, même le patriotisme a été théorisé comme une forme de culte. La dialectique entre l'âme généreuse, tolérante, altruiste, pragmatique et l'âme torve, intolérante, autoritaire, violente qui explose en événements comme la Guerre Civile, un fratricide capable de consommer 600 mille vies pour défendre un ordre économique déjà anachronique en 1860, c'est la crevasse dans laquelle celui qui haït l'Amérique espère se faufiler. C'est l'artère du fanatisme que d'autres fanatiques espèrent ouvrir, alliés avec des démagogues domestiques prêts à exploiter aveuglément l'hémorragie. Il produit des petit monstres télévisés, lorsque tout va bien, et si ça va mal des miliciens armés ou croisés à la dynamite prêts à faire sauter un immeuble de bureaux du gouvernement à Oklahoma City, en créant un précédent et un exemple que les premiers attentateurs des Tours jumelles imitèrent gourmandement, mais sur les premières sans succès.

Qui plaisante avec les démons qui dorment ensemble avec les anges de l'Amérique, de cette nation qui sait produire d'une part le Ku Klux Klan et d'autre part élire le premier président noir dans l'histoire politique de l'Occident, qui parie sur le fondamentalisme latent, joue littéralement, délibérément avec le feu. La Guerre Civile finit avec le bûcher d'Atlanta. Les croix du KKK brûlèrent pendant des décennies devant les maisons des ex esclaves lynchés. Et les maisons du ghetto de Los Angeles, Watts, brûlèrent pendant des jours en 1965, alors que la foule entonnait «Burn baby, Burn» - Brûle baby, Brûle. Chaque feu dans la prairie du nouveau monde comme dans le vieux Continent peut devenir incendie et dans le temps de la peur les pyromanes du fanatisme se relèvent. Pas toujours, et même jamais, les pompiers n'arrivent à temps.

fanatisme,patriotisme,fondamentalisme,multiculture,liberté,politique,religion,humanité,opinion

Ecrit par: Luis Batista

 

 

QR-Code de l'article: Fanatismes: Si la prétention de la vérité suprême devient violence tuant la tolérance.

qrcode

Générateur de QR Code / Support et FAQ

 

 

Disclaimer

Adverbum ne représente pas une publication journalistique et est ajourné sans aucune périodicité.

L'auteur du blog n'est pas responsable du contenu des commentaires au post, ni du contenu des sites y reliés.

Quelques images et le matériel multimédia en général insérés dans ce blog sont tirés d'internet et, par conséquent, considérés de notoriété publique; au cas où leur publication violerait des éventuels droits d'auteur, il est prié de le communiquer via email et la publication sera immédiatement enlevée.

 

Commentaires

Salut,
Votre site est fantastique et je m'emploie à le rajouter dans mon flux RSS pour être informé des futurs billets.
Certainement je ne déniche pas le flux rss du site Internet ou alors je suis aveugle ce qui est probable également...

Écrit par : vitrier macon | mardi, 20 septembre 2011

Les commentaires sont fermés.