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mercredi, 19 décembre 2012

La marche infinie des nouveaux esclaves

1.3.1.2_3.jpgLa date que nous apprenons dans les manuels d'histoire est l’an 1807. Ce fut dans cet an lointain, après une bataille politique durée presque trente ans, que le Parlement de Westminster vota la loi qui abolissait la traite des esclaves, le Slave Trade Act.

Dans ce chapitre nous avons même appris que les principes sont souvent, si pas toujours, pétris avec les intérêts: à la Grande-Bretagne, et à son économie mercantile, il convenait d’abolir l'esclavage. C’est un fait qu'à l'époque les vaisseaux du Royal Navy dominaient les océans et la traite, activement combattue, finit au bout de quelques années.


esclaves, slave trade act, esclavage, droits humains, travail forcé, politique, économie, civilisation, égalité, actualités      Le dernier Pays qui abolit officiellement l'esclavage a été, en 1980, la Mauritanie. Plus que cent soixante-dix ans après le Slave Trade Act. Beaucoup de choses s’étaient passées entretemps: la Guerre de Sécession américaine, dont la défaite des États négriers du sud coûta la vie à plus de 600  mille personnes (parmi elles un président des Etats Unis). Et la Déclaration universelle des droits humains, approuvée avec enthousiasme par les nations en 1948 au lendemain d'une autre guerre dévastatrice, qui à l'article 4 proclame: «Aucun individu ne pourra être tenu en état d'esclavage ou de servitude; l'esclavage et la traite des esclaves seront interdits sous n'importe quelle forme».

Nous sommes joints à l’an de grâce de 2012 et nous découvrons que l'esclavage n'est pas du tout fini. Au contraire, en termes absolus, vivent en état d'esclavage un nombre d’humains supérieur à n'importe quelle autre époque.

esclaves, slave trade act, esclavage, droits humains, travail forcé, politique, économie, civilisation, égalité, actualités      Vingt-sept millions de personnes dans le monde entier. Des caves de l'Inde aux tribus nomades du Maghreb; des trottoirs de nos villes aux plantations de l'Uzbekistan; des bordels de Bangkok aux manufactures semi clandestines de l'Asie; des usines de la Corée du Nord aux casernes de l'Érythrée: les esclaves – souvent des femmes, très souvent des enfants – sont au travail.

Vingt-sept millions est le chiffre estimé récemment par Free the Slaves, une association américaine qui se bat pour la fin effective de l'esclavage. Même ici, nous ne devons pas perdre de vue le rapport entre des principes et des intérêts: les activistes de Free the Slaves demandent des donations à leurs partisans et font une estimation du temps et de la somme nécessaires pour abolir définitivement chaque forme d'esclavage: trente ans – une génération – et 11 milliards de dollars. Il y a toutefois d’autres organisations humanitaires adonnées à lutter contre chaque forme de travail forcé – Anti-Slavery International, Stop the Traffik et d’autres – qui établissent sur l'entité et l'étendue du phénomène.

esclaves, slave trade act, esclavage, droits humains, travail forcé, politique, économie, civilisation, égalité, actualités      L'Organisation internationale du travail, agence de l'Onu qui s'occupe de ces problèmes, fait un autre calcul: 20,9 millions d'individus, en excluant cependant du total les formes de travail obligatoires (que les spécialistes distinguent de celui de forcé) calculés par contre par Free the Slaves. Dans notre imaginaire l’esclavage est associé aux bateaux des négriers, aux hommes et aux femmes capturés dans l'Afrique interne, traînés en chaînes jusqu'à la côte, amassés dans les soutes et transportés comme du bétail vers les plantations de l’Inde occidentale et les colonies américaines pour être achetés et vendus sur les places des marchés. Une image éloignée, délivrée au cinéma et à la littérature, finie pour toujours. Aujourd'hui les formes d'esclavage sont souvent invisibles. Répandues, mais cachées, parce qu'officiellement interdites; illégales, et donc confinés dans l'ombre du crime organisé; honteuses et niées également par les victimes.

Comme l’a dit le président américain Barack Obama il y a à peine deux mois de cela, en septembre, «le trafic d'êtres humains est même ici, dans les Etats Unis». Et il a expliqué: «C’est le migrant qui n’arrive pas à payer la dette au trafiquant. L'homme attiré ici avec la promesse d'un travail et ensuite privé de ses papiers et forcé à peiner des heures infinies dans une cuisine. La fille adolescente frappée et forcée à battre les rues».

esclaves, slave trade act, esclavage, droits humains, travail forcé, politique, économie, civilisation, égalité, actualités      Le chiffre de 27 millions d'esclaves peut être vu également dans une perspective divergée, plus encourageante. Il est vrai que c’est le chiffre le plus haut jamais estimé dans l'histoire, mais c’est aussi le plus infime par rapport à la population totale de la Terre. En termes de pourcentages, en somme, nous pouvons affirmer que l’esclavage n'a jamais été aussi marginal parmi les humains. Ni jamais aussi activement combattu: il est illégal partout dans le monde; l'Interpol et beaucoup d'autres organisations anti crimes le contrastent activement; les activistes sont prêts à dénoncer chaque cas documenté dans lequel une industrie occidentale fait recours à des formes de travail obligatoire ou forcé dans quelque pays étranger, en mobilisant les consommateurs contre ses produits (on pense au récent scandale des chinois Fox Conn, fournisseuse d'Apple). Et les États, au moins les démocrates et moins corrompus, pour autant qu’ils le peuvent, veillent.

Pour citer encore le président Obama: «L'an passé nous avons incriminé un nombre record de trafiquants d'êtres humains. Nous les mettons là où ils doivent être: derrière les barreaux».

Il est légitime donc espérer que l'esclavage, dans chacune de ses formes modernes, devient un phénomène toujours plus résiduel, jusqu'à disparaître entièrement. C’est du moins  la conviction de l'Organisation internationale du travail. Comme l’a dit un de ses fonctionnaires à la Bbc, «il est toujours plus difficile pour les États et pour les entreprises de s'en sortir lorsque ils recourent au travail forcé. Il y a toutes les raisons pour être optimistes. Depuis quelques années il y a eu un changement impétueux et si l’on rejoint une masse critique de leaders disposés à agir, alors il peut s'éradiquer».

esclaves, slave trade act, esclavage, droits humains, travail forcé, politique, économie, civilisation, égalité, actualités      Entretemps, des entrepreneurs sans scrupules et des criminels avec encore moins de scrupules continuent à s'enrichir en exploitant le travail d'individus faibles réduits en servitude. Le premier motif est la peur et la pauvreté: la prostituée à laquelle les trafiquants ont séquestré le passeport, l'enfant qui ramasse les feuilles de tabac en échange d'un plat de pâtes, ce sont des personnes effrayées à mort. S'ils résistent, s'ils se rebellent, leur vie est en jeu; souvent même celle de leurs familles, dont la survie dépend d’eux.

Le deuxième motif est culturel. Les personnes réduites en esclavage viennent de contextes isolés et arriérés, où celle du travail servile est une tradition de générations; ils sont ignares de leurs droits et sauraient encore moins à qui faire recours pour qu'ils soient respectés. Ici entrent en jeu les organisations humanitaires: en répandant conscience, en fournissant une éducation embryonnaire, en construisant des alternatives. Leur rôle n'est pas toutefois pas exempt de paradoxes et de dangers. Il y a quelques années, un organisme protestant des Usa lança une campagne contre l'esclavage en Soudan, en ramassant des fonds – ainsi disait-il – pour «acheter» des centaines d'esclaves, en payant l'affranchissement.

esclaves, slave trade act, esclavage, droits humains, travail forcé, politique, économie, civilisation, égalité, actualités      Mais quelqu'un se mit en tête d'étudier les reprises de ces opérations, et découvrait que les présumés «esclaves» étaient toujours les mêmes. Et l'argent finissait dans les mauvaises poches. La vraie émancipation des victimes de la traite moderne est une opération longue, délicate, ennemie des caméras.

Il est impossible de calculer avec certitude combien aient été les victimes africaines de la traite des esclaves dans les siècles. Les historiens ont essayé, en projetant sur l'arc d’environ trois siècles – autant dura le trafic légal d'êtres humains – les données fournies par des listes de chargement des bateaux négriers.

L'estimation qui en résulte est de douze millions et demi de personnes (moins de la moitié, donc, des 27 millions actuels). Ces hommes et ces femmes, lorsqu’ils survivaient aux peines de la traversée, étaient mis à cultiver la canne à sucre dans les îles des Caraïbes et le coton dans les iles d’Amérique. Aujourd'hui nous sommes habitués à voir l'énorme richesse produite par l'électronique de consommation et d’autres industries de pointe en Californie, en Corée, en Chine.

moderni orjatIl est difficile pour nous d’imaginer qu'il y eut un long temps, duré des siècles, dans lequel la richesse de l'Occident venait de ces productions agricoles exotiques. Les grands patrimoines européens, les demeures patriarches de Londres ou de Paris du XVIIIe siècle étaient créés dans les plantations d’Haïti, de la Jamaïque, de la Guadeloupe. Le travail des esclaves devenait des œuvres d'art dans les salons aristocratiques, ors, stucs, palais. C’est notre histoire, l'héritage dont nous sommes faits: et nous ne nous émanciperons jamais du travail des esclaves.

Ecrit par: Luis Batista


 
 

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17:08 Écrit par LuisB dans Actualités, Droits de l'homme, Économie, Opinion, Politique, Solidarité | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |

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